Coronavirus : Les pompes funèbres sont débordées en Seine-Saint-Denis où il y a un « excès de mortalité exceptionnel »

EPIDEMIE Le département de la Seine-Saint-Denis, le plus pauvre de la France métropolitaine, a enregistré une mortalité en très forte hausse à cause du coronavirus

F.H. avec AFP

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Des employés des pompes funebres transportent le corps d'un défunt, mort du coronavirus, en Espagne. (Illustration)
Des employés des pompes funebres transportent le corps d'un défunt, mort du coronavirus, en Espagne. (Illustration) — Emilio Morenatti/AP/SIPA
  • Entre le 21 et le 27 mars, les décès ont bondi de +63 % en Seine-Saint-Denis par rapport à la semaine précédente. Bien plus que dans les autres départements d’Ile-de-France.
  • Plusieurs raisons expliquent cette forte mortalité notamment une circulation plus facile du virus dans ce département très dense et de nombreux habitants du 93 continuent d’aller travailler comme "aides-soignantes, aides à domicile ou travailleuses en Ehpad".
  • L’hypothèse d’un non-respect du confinement est balayée par l’ARS Ile-de-France et le préfet du département souligne que les règles du confinement sont, « comme ailleurs, globalement bien respectées ».

Département le plus pauvre de France métropolitaine, la Seine-Saint-Denis paie un lourd tribut depuis le début de l'épidémie de coronavirus. Les autorités ont publié ce vendredi les chiffres provisoires de l'Insee sur la mortalité et celle-ci a bondi de 63% en une semaine dans le 93. A tel point que les pompes funèbres se disent « débordées » et affirment « n’avoir jamais vu ça » même lors de la canicule de 2003.

Que disent les chiffres ?

Plusieurs départements français fortement touchés par la pandémie ont enregistré une mortalité en forte hausse, selon des chiffres provisoires de l’Insee. Mais, en Seine-Saint-Denis, c’est une véritable explosion : entre le 21 et le 27 mars, les décès ont bondi de +63 % par rapport à la semaine précédente. Un niveau « exceptionnel », souligné jeudi soir par le directeur général de la Santé Jérôme Salomon. Pour comparaison, la hausse atteint 32 % à Paris et 47 % dans le département voisin du Val-d'Oise.

Sollicitée par l’AFP, la direction de la santé dit « ne pas avoir d’explication dans l’immédiat » quant à ces chiffres, d’autant plus étonnants que le nombre de décès à l’hôpital est plus faible en Seine-Saint-Denis que dans les autres territoires d’Ile-de-France. Un hiatus que le transfert de malades vers d’autres hôpitaux ne saurait expliquer.

Les entreprises de pompes funèbres contactées par l’AFP évoquent de « nombreux cas de morts à domicile et dans les maisons de retraite ». « On est tous complètement débordés, je n’ai jamais vu ça ! C’est catastrophique. Même la canicule de 2003, c’est incomparable », témoigne un patron du secteur.

Comment expliquer cette « surmortalité » ?

« En Seine-Saint-Denis, il y a plus de morts car il y a plus de contaminés, tout simplement », dit Frédéric Adnet, chef du Samu 93. Dans le département de 1,6 million d’habitants, l’un des plus denses de France, « le virus circule beaucoup plus facilement qu’ailleurs », ajoute-t-il.

« Le confinement est complexe dans les territoires défavorisés comme le nôtre, où il y a beaucoup de familles nombreuses dans des petits logements, des foyers de travailleurs migrants, des bidonvilles », explique l’urgentiste. « On sait que les maladies infectieuses touchent plus durement les plus précaires, car la transmission est plus facile, et qu’ils sont plus difficiles à suivre », poursuit-il.

Même constat du côté des médecins de «Place santé », un centre de santé associatif situé au cœur de la cité des Francs-Moisins à Saint-Denis. « L’impression que l’on a, c’est que l’épidémie va être exacerbée dans les quartiers populaires où des inégalités de santé existent déjà », dit la coordinatrice du centre, Gwenaëlle Ferré, qui dénombre « plusieurs foyers avec plusieurs cas » de coronavirus.

Elle observe aussi que, dans les quartiers, beaucoup d’habitants doivent continuer à aller travailler, du fait de leur profession ou de leur statut précaire. « Dans notre patientèle, il y a beaucoup d’aides-soignantes, d’aides à domicile et de travailleuses en Ehpad », qui vont être « très exposées », explique la coordinatrice. Sans compter « les caissières, les livreurs ».

Un non-respect du confinement pourrait-il être en cause ?

Une hypothèse balayée par l’ARS Ile-de-France : « Les gens qui sont entrés en réanimation cette semaine, ce sont des gens qui ont contracté la maladie avant la mise en confinement », explique l’Agence régionale de santé, fatiguée de la polémique.

Dans le département, les règles du confinement sont, « comme ailleurs, globalement bien respectées », a aussi tenu à souligner cette semaine le préfet du 93, Georges-François Leclerc, saluant « l’esprit de responsabilité » des habitants.

Certaines populations précaires sont-elles privées d’accès aux soins ?

Le président PS du conseil départemental, Stéphane Troussel, pointe du doigt « un système de santé plus faible qui pèse dans l’accès aux soins » et le fait qu’il y ait « moins de médecins et moins de lits de réanimation » dans le 93.

Mais pour le chef du Samu, Frédéric Adnet, l’explication de l’excès de mortalité n’est pas là. Selon lui, les habitants de Seine-Saint-Denis, même les plus précaires, n’hésitent pas à solliciter les secours et « sont soignés comme ailleurs » en France. « Tout le monde appelle le 15, dès que les gens ont du mal à respirer ils appellent. Pour les maladies vitales, les gens vont à l’hôpital », dit-il.