Déchets: Pour soi ou pour les autres, il est venu le temps du compost

ENVIRONNEMENT Pas besoin d’avoir un jardin ou des plantes à son domicile pour se mettre au compost. En appartement, un seau ou des vers de terre suffiront

Maurice Charles

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Les possibilités sont nombreuses pour faire du compost en milieu urbain.
Les possibilités sont nombreuses pour faire du compost en milieu urbain. — Getty Images
  • Les déchets végétaux représentent environ un tiers du volume d’une poubelle domestique.
  • Le tri des biodéchets permet de fabriquer du compost qui sera réutilisé comme terreau par la suite.
  • En ville, il existe de nombreuses possibilités de proximité pour participer au compostage de ses déchets végétaux.

Vous prendrez bien du compost de pommes pour le dessert ? Ou bien de poires, de courgettes, ou alors un peu de tout ça mélangé ? En France, "30 % des ménages pratiquent le tri des déchets organiques", selon Zero Waste France. "25 % par compostage domestique et 5 % par collecte séparée". La "valorisation des déchets organiques", soit le tri des déchets végétaux et leur compostage, entre peu à peu dans les mœurs. Une évolution nécessaire, car les biodéchets constituent un tiers de la poubelle domestique, toujours d’après Zero Waste France. Un geste salutaire, mais pas forcément évident pour qui vit en appartement, sans jardin ni terrasse végétalisée. Cela dit, en bas de son immeuble ou dans les environs, un terreau fertile trouve généralement preneur. Et puis, les habitudes sont faites pour être changées !

Avant de décider de l’utilisation future de tout cet engrais, il faut déjà savoir que faire de ses épluchures, écorces et coquilles d’œuf ? "Il y a deux solutions principales", énonce Valentine Cancel, chargée des relations adhérents et partenariats chez Zero Waste France. La première, pour un compostage 100 % à domicile, nécessite le recours à des vers de terre, qui s’achètent dans le commerce : c’est ce qu’on appelle le lombricompostage. "C’est une technique hors-sol", explique Jean-Jacques Fasquel, maître composteur parisien et auteur du livre guide Composter en ville (Ed. Rustica). Le lombricomposteur se compose de plusieurs plateaux empilés les uns sur les autres avec un réservoir à jus en dessous. On y place les déchets végétaux et les vers de terre (250 g pour commencer) "qui aident à leur dégradation : 125 g de déchets par jour", confie Valentine Cancel. Sans oublier d’y ajouter "de la matière sèche : papier journal, boîtes d’œufs, cartons coupés en morceaux."

Azote et carbone

Ah oui, parce qu’on avait oublié une précision d’importance. Sans matière sèche (bois broyé, carton, papier journal etc.), point de compost, mais un beau jus de pourriture à l’odeur fétide qui deviendra une usine à mouches. Le secret de la fabrication du compost est un équilibre entre azote (biodéchets) et carbone (matière sèche), sorte de Yin et de Yang des déchets végétaux. De l’équilibre donc et de la patience : il faut plusieurs mois pour obtenir un compost utilisable.

La deuxième solution pour écouler ses épluchures se trouve à l’extérieur du domicile, pas trop loin, et nécessite tout d’abord l’utilisation d’un bio seau, ou seau à compost, pour stocker provisoirement les déchets. C’est "le compost de proximité", résume Valentine Cancel. C’est ce type de solution que privilégie Jean-Jacques Fasquel. "La meilleure façon est de faire du compost en pied d’immeuble, quand cela est possible, avec trois bacs en bois : un pour la matière sèche, un pour l’apport en biodéchets, et un pour la maturation". Cette démarche nécessite la création d’un collectif, avec des référents, et l’intervention d’un maître composteur pour "former" les utilisateurs aux bonnes pratiques. "L’accord de la copropriété est nécessaire", précise Jean-Jacques Fasquel. "Il faut au moins dix signatures dans l’immeuble concerné", ajoute Valentine Cancel.

Dans son quartier

Le compost de quartier est une seconde alternative de proximité. Ce type d’installation se fait dans des espaces publics, type jardins ou espaces verts et est porté par des associations ou des collectifs. C’est le cas à la gare de Reuilly dans le 12e arrondissement de Paris, où un compost de quartier a été créé en 2014 à l’initiative de l’association Compost à Paris dont Jean-Jacques Fasquel est président. "Il y a une vingtaine de sites à Paris", précise-t-il. Il faut aussi penser jardins partagés, ou fermes urbaines, à l’image de la Ferme du Rail dans le 19e arrondissement de Paris, qui peuvent accepter de recevoir des déchets végétaux pour la fabrication de leur compost. A voir au cas par cas.

Par ailleurs, certaines communes ou intercommunalités prennent les choses en main et se chargent de ramasser les déchets végétaux à domicile. Ce qui se matérialise par une poubelle de plus chez soi. " La loi prévoit que tous les particuliers disposent d’une solution pratique de tri à la source de leurs biodéchets avant 2025", peut-on lire sur le site du ministère de la Transition écologique et solidaire. "Mieux vaut s’y préparer", suggère Valentine Cancel. Pour les non pratiquants, l’heure est venue de prendre son bâton de pèlerin, et de partir sur le chemin de compost.