E-sport: On vous raconte comment une équipe française a failli gagner la version pixelisée des 24 Heures du Mans

REPORTAGE A 23 minutes près c’était bon...

A.M

— 

De gauche à droite : Christopher Cabrera, Aurelien Mallet et Alexandre Arnou.
De gauche à droite : Christopher Cabrera, Aurelien Mallet et Alexandre Arnou. — ACO
  • Les Le Mans Esports Series, c’est une compétition de e-sport plus ou moins calquée sur les 24 Heures du Mans.
  • Nous avons suivi le seul et unique équipage 100 % français en lice.
  • Malheureusement elle n'a pas gagné, et on vous raconte le pourquoi du comment.

Il est 9 heures en ce samedi 15 juin 2019. Il fait plutôt beau, nous sommes au Mans et tout est encore calme. Trop calme peut-être. Le grand départ de la course ne sera donné qu’à 15 heures et tous les bolides sont encore entre les mains expertes des mécanos.

Après un petit café, nous décidons de nous diriger vers une tente installée à quelques mètres de la piste. Eclairés par une lumière bleue, 12 trios venus des quatre coins du monde s’affrontent depuis 22 heures. Qui sont ces gens ? Des e-pilotes (ou e-drivers), le top du top de la course automobile sur simulateur. Tous participent aux Le Mans Esports Series, l’équivalent numérique des 24 Heures du Mans.

Pourtant, lorsque nous débarquons aucun conducteur n’est assis derrière son écran. Tous discutent au bord d’un podium sur lequel sont installés deux commentateurs. En réalité et contrairement à l’épreuve sur piste, celle sur console est découpée en neuf manches distinctes, qui forment un tout de 24 Heures. « La dernière commence dans 30 minutes nous explique Alexandre Arnou dit » Asix « l’un des pilotes de Baguette Racing, le seul équipage 100 % français à participer à cette épreuve. On a eu un départ un peu difficile, mais pendant la nuit on a bien attaqué et avec Aurélien (Mallet dit « Laige »), on a enchaîné les relais de 19 heures jusqu’à 6 heures du matin. On a fait du très bon taf ce qui nous permet de commencer la dernière épreuve avec sept secondes d’avance sur l’équipe Kitty Krew et 15 secondes d’avance sur Veloce. Si on ne fait pas d’erreur, on devrait gagner » et empocher les 25.000 dollars promis aux vainqueurs. Mais en sport comme en e-sport, rien n’est jamais joué d’avance.

9 h 36 : c’est parti pour 24 Tours

9 h 36. C’est parti ! Comme prévu, c’est à l’équipage français de s’élancer en premier. L’objectif est simple, boucler 24 tours sur la réplique exacte du circuit officiel des 24 Heures au volant d’une BMW. « Là il n’y a plus de calcul, c’est le premier qui coupe la ligne d’arrivée qui gagne », ajoute Alexandre Arnou qui vient d’ailleurs d’enlever ses chaussures. « Oui (rire) c’est pour le toucher. Comme nous n’avons pas les vibrations, les sensations des vrais pilotes, c’est obligatoire pour bien conduire. Chez eux, certains conduisent même pieds nus mais en compétition nous n’avons pas le droit ». Les cinq premiers tours ? Une formalité pour nos champions. Un temps menacées par le Kitty Krew, les Baguettes ne craquent pas (désolé c’était trop tentant). Ce sont même leurs adversaires qui, à vouloir rouler trop vite, perdent un temps précieux et leurs chances de victoire dans un accident.

Pourtant, à la fin de son relais (10e tour) Alexandre n’est pas convaincu : « Je ne voulais pas commencer, je ne le sentais pas. La voiture ne réagit pas bien, c’est chelou. On a comme un problème avec les freins, mais Laige va prendre de l’avance. Ça va aller ».

En fait, ça ne va pas aller

Bien qu’en tête, le trio français n’est pas le plus rapide sur la piste. Derrière, le team Veloce, composé de deux Britanniques et d’un Allemand, double les concurrents et avale les pixels comme jamais. Au début du 14e tour, après une heure de course et 23 heures de compétition, leur BMW n’est plus qu’à deux secondes du pare-chocs français. L’assemblée retient son souffle mais une ou deux passes d’armes plus tard l’inévitable se produit : le team Baguette Racing lâche la tête de la course (le dépassement est dans le tweet ci-dessous). Il est 11 heures 07.

Le 18e tour débute (sur 24), Aurélien laisse le volant à Christopher Cabrera, le troisième pilote.

« Il y a pire dans la vie que de finir deuxième »

Tout repose donc maintenant sur les épaules de Christopher. Le plus frais de nos trois e-driver puisque ce dernier nous expliquait avant la course : « j’ai fait une pause entre 20 heures et 6 heures du matin, j’ai pu dormir 5 heures donc ça va ». Cela suffira-t-il ? « C’est une équipe que nous avons dominée tout le week-end mais là ils ont fait des meilleurs réglages », peste Alexandre. D’ailleurs, le public ne s’y trompe pas. D’abord massée devant l’écran des Français, la grosse centaine de spectateur s’est déplacée du côté de l’équipe Germano-Britannique. 2,5 secondes de retard au 19e tour. 3,5 au 21e. Les commentateurs expliquent ce qui commence à devenir une évidence : « mis à part une grosse erreur, la victoire devrait revenir à Veloce ». Et malheureusement aucun miracle ne se produit : « C’est quand même bien. Il y a pire dans la vie que de finir deuxième mais avec les objectifs qu’on avait et notre départ, ouais surtout avec l’avance qu’on avait, c’est un peu décevant », confie Aurélien à la fin de l’épreuve. Rendez-vous l’année prochaine pour la revanche ?