Tatiana Calderon : « Les femmes ont autant leurs chances en course automobile »

24H DU MANS 13e place en catégorie LMP2 en 2020, Tatiana Calderón sera pour la deuxième année consécutive au départ des 24 heures du Mans. La pilote colombienne est aussi engagée pour plus de femmes pilotes sur les paddocks

Assia Hamdi
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La pilote Tatiana Calderón remet le couvert au Mans cette année avec l'écure Richard Mille Racing.
La pilote Tatiana Calderón remet le couvert au Mans cette année avec l'écure Richard Mille Racing. — Dppi Images

23 équipages féminins engagés aux 24 heures du Mans depuis 1923, sur 4.298 au total. C’est peu. Et pourtant, pour la deuxième année consécutive, deux trios de femmes pilotes vont prendre le départ au Mans. Assez pour espérer enfin une féminisation de la course automobile ? Réponse avec Tatiana Calderón, pilote depuis 2020 de l’équipe 100 % féminine de Richard Mille Racing en championnat du monde d’endurance. Expérimentée en Formule 3 et Formule 2, et pilote d’essai en F1 avec Alfa Romeo Racing, la Colombienne de 28 ans défend aussi la place des femmes au sein de la fédération internationale.

Comment vous sentez-vous avant votre deuxième participation consécutive au Mans ?

La course fut compliquée en 2020 et l’année a été difficile pour tout le monde avec le contexte sanitaire, donc c’est super que notre équipe revienne sur le championnat et encore plus au Mans. Les conditions vont être différentes avec la nouvelle catégorie Hypercar, mais on a hâte, et on espère faire encore mieux que l’an dernier (13e au classement en 2020, Ndlr).



Au Mans, cette année, comme l’an dernier, il y aura deux équipages féminins. C’est un bon signe ?

Plus il y a de jeunes filles qui se lancent dans la course, et plus on a de chances d’en voir à haut niveau. Et on évolue. Avec la commission Women in Motorsport, la fédération internationale d’automobile souhaite montrer aux filles que les portes de la course automobile leur sont ouvertes et qu’elles ont autant leurs chances que les garçons. Et pour cela, c’est aussi important d’avoir des femmes mécaniciennes ou ingénieures. Ensuite, les choses changent doucement sur le terrain. Par exemple, Ferrari a monté son académie pour jeunes pilotes et intégré la jeune prometteuse Maya Weug. Le chemin est long, mais on y arrive petit à petit.

Vous êtes investie dans la Women in Motorsport Commission. C’est important pour vous, de promouvoir la féminisation du sport automobile ?

Oui, car aujourd’hui, j’ai de l’expérience, mais j’ai également rencontré des difficultés sur ma route parce que j’étais une femme. Je pense par exemple à des obstacles dus à la façon dont les voitures sont construites, à l’ergonomie, ou au fait d’avoir des opportunités, ou une bonne équipe derrière soi… J’aime l’idée de me servir de mon expérience pour pointer ce qui peut poser souci et faire évoluer les choses.

Est-ce qu’on reconnaît davantage qu’auparavant la crédibilité des femmes dans le sport automobile ?

On ne mettrait pas trois femmes pilotes dans une même équipe au Mans si l’on doutait de leurs compétences (rires). L’écurie Richard Mille Racing est reconnue dans le monde entier, et n’a pas besoin de ce genre de stratégies pour se faire remarquer. Par ailleurs, et c’est encore heureux, je dois être avant tout compétente au volant. Comme n’importe quel pilote. Mais parfois être une femme peut nous permettre d’être appelée pour un test, de faire nos preuves, et si on le réussit, on débloque une autre opportunité, etc.

Créé en 2019, le championnat 100 % féminin appelé « W Series » intégrera l’an prochain un format par équipes. Que pensez-vous de ce type d’initiatives ?

Je ne peux pas être contre un championnat qui promeut la place des femmes dans le sport automobile et qui souhaite donner aux jeunes filles leur chance. Mais pour être la meilleure, selon moi, il faut concourir contre les meilleurs. Si vous gagnez des courses dans ce championnat, et qu’ensuite, vous filez en Formule 3 et que vous finissez 20e, vous perdez une année pendant laquelle vous auriez pu d’emblée vous confronter à un meilleur niveau. Pour être le ou la meilleur(e), vous devez être poussé(e) à donner le meilleur de vous-même.



Quel serait le principal levier pour augmenter le nombre de femmes dans le sport auto ?

Tout vient de l’éducation, selon moi. Homme ou femme, on doit dire aux pilotes qu’ils vont être jugés non pas sur leur genre mais sur leurs performances, sur leurs aptitudes et sur leur motivation.

Vous avez multiplié les expériences et il y a quelques semaines, vous avez aussi réalisé votre premier test en IndyCar. Comment cela s’est-il passé ?

Très bien ! C’était ma première en IndyCar et c’était top de pouvoir expérimenter ces voitures car elles sont très exigeantes physiquement. Je suis vraiment heureuse car je ne m’étais pas beaucoup préparée, donc cela me rassure sur le fait que je peux être compétitive quand on me laisse ma chance.