Endurance: L’hypercar, le bolide qui veut booster la LMP1

CONCURRENCE Devant la suprématie de Toyota, les organisateurs souhaitent réformer le règlement de la catégorie reine des 24 Heures pour relancer l’intérêt de la course

Eugénie Calme

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Pendant l'édition 2018 des 24 Heures du Mans qui avait vu le sacre de Toyota.
Pendant l'édition 2018 des 24 Heures du Mans qui avait vu le sacre de Toyota. — Guillaume Souvant/Sipa
  • La 87e édition des 24 Heures du Mans auto se tient les 15 et 16 juin prochains.
  • Depuis le retrait de Porsche et Audi, la LMP1, catégorie reine de la course d’endurance, est dominée par Toyota.
  • Les voitures privées n’étant pas en mesure de concurrencer le géant japonais, les organisateurs de la course préparent un nouveau règlement.
  • Pour relancer la concurrence, les organisateurs pensent à des modèles de voitures de type hypercars.

David contre Goliath vont s’affronter dans la Sarthe. Du 15 au 16 juin, six voitures privées devront tenir tête à deux Toyota aux 24 Heures du Mans. La course est-elle déjà jouée en LMP1, la catégorie reine de l’endurance ? « Sur le papier, cela peut paraître gagné. Car Toyota a beaucoup plus de moyens financiers. Ils ont une voiture qui va plus vite et qui est plus sophistiquée », explique Laurent Mercier, rédacteur en chef d’ Endurance info.

Aujourd’hui, le géant japonais est le seul constructeur à avoir une écurie dans cette catégorie où prototypes hybrides et non-hybrides se tirent la bourre. Résultat, « on sent que l’intérêt [pour l’épreuve] à tendance à s’amenuiser ». Ces dernières années, Porsche et Audi ont jeté l’éponge car ces bolides sont beaucoup trop chers, résume le journaliste. Les constructeurs préfèrent se concentrer sur l’électrique avec la formula E.

Reconquérir les constructeurs et le public

Pour repimenter la course, un nouveau règlement est donc en préparation. Le feu vert est prévu pour septembre 2020, avec à la clé, de nouvelles créatures sur les pistes du championnat du monde d’endurance. Des engins « qui ressembleront plus à des voitures de route et qui feront rêver les gens : des hypercars, à l’image de l’Aston Martin Valkyrie », décrit Vincent Beaumesnil, directeur sportif de l’Automobile Club de l’Ouest (l’organisateur des 24 Heures du Mans). Des prototypes plus racés, et moins coûteux, pour attirer « des marques de voitures qui séduisent beaucoup les fans et les médias ».

Un choix, qui semble rassurer les passionnés : « Aujourd’hui, il faut être un peu spécialiste pour reconnaître les voitures en lice », rappelle Laurent Mercier. A ses yeux, des prototypes proches de ceux que l’on croise sur les routes permettront au grand public de « s’identifier plus facilement et de différencier une Ferrari d’une Porsche ou d’une Aston Martin » sur la piste.

Autre chantier pour réenchanter l’endurance : le développement de la voiture à hydrogène. « L’objectif clair, c’est que l’hydrogène coure aux 24 Heures du Mans 2024 », explique Vincent Beaumesnil. S’agira d’une catégorie à part ? Sous quelle forme ? « Les détails ne sont pas encore arrêtés », précise-t-il.

Des équivalences de technologie

En attendant ces nouvelles règles du jeu, la question du suspense se pose pour l’édition 2019. Après sa victoire haut la main en 2018, Toyota domine encore largement le circuit cette année. Mais « il y a deux concurrents sérieux, explique Laurent Mercier. Rebellion a terminé troisième sur le podium l’année dernière et le SMP Racing est monté sur le podium à Spa en mai et à Sebring en mars. »

Les équipes privées ont beaucoup progressé depuis un an, souligne Vincent Beaumesnil. Sans oublier que des « équivalences de technologie » ont été mises en place pour égaliser les chances et booster les voitures non-hybrides. C’est un peu technique mais à l’arrivée les voitures des équipes privées sont plus légères que celles de Toyota (d’une soixantaine de kilos). Elles ont aussi droit à un débit de carburant plus élevé, ainsi qu’une quantité d’essence par tour illimitée.

Météo, problèmes techniques… « Il peut toujours se passer quelque chose », estime Laurent Mercier. « Vraiment, rien n’est joué », poursuit Vincent Beaumesnil. « En 2016, à un quart d’heure de l’arrivée on pensait que la course était jouée​ et que Toyota allait gagner les 24 Heures. Et ils sont tombés en panne au dernier tour. » Preuve qu’en endurance, rien n’est jamais couru d’avance ?