Un équipage 100 % féminin à l’assaut des 24 Heures

Historique Depuis la première édition en 1923, seules 57 femmes pilotes ont pris le départ de la plus célèbre course automobile d'endurance

Alexis Moreau

— 

Deborah Mayer, Manuela Gostner,  Rahel Frey et Michelle Gatting et la Ferrari 488 GTE de l’écurie Kessel Racing.
Deborah Mayer, Manuela Gostner, Rahel Frey et Michelle Gatting et la Ferrari 488 GTE de l’écurie Kessel Racing. — Paola De Palmas
  • Trois femmes au volant d’une voiture aux 24 Heures du Mans, un événement suffisamment rare pour être souligné.
  • «20 Minutes» a demandé à Deborah Mayer, la team Manager de l’écurie Kessel Racing, d’expliquer la genèse de cette équipe.
  • L’occasion de se demander pourquoi retrouve-t-on si peu de femmes sur la grille de départ?

Avez-vous déjà arpenté les paddocks avant le grand départ d’une grande course automobile ? Si ce n’est pas le cas, sachez que depuis les mécaniciens, jusqu’aux directeurs d’écurie en passant par les pilotes, vous avez de bonne chance de ne croiser que des hommes. Depuis la première édition, en 1923, seules 57 femmes pilotes ont pris le départ au moins une fois. Dont dix en 1935 et sept en 1937. Entre 1951 et 1971, c’est très simple, aucune représentante de la gent féminine n’avait sa place sur la grille. Zéro, nada, rien.

Sur les 4 237 équipages qui se sont un jour lancés dans cette aventure, seuls 21 étaient 100 % féminin. Ce qui représente la bagatelle de 0,5 % des engagés. « Le sport automobile est pourtant le seul dans lequel la mixité est parfaitement concevable. Je pense qu’une fois qu’on leur donne la possibilité de franchir la première porte, donc d’intégrer une équipe, les femmes peuvent montrer tout leur talent », explique Deborah Mayer, la team Manager de la 22e équipe uniquement féminine de l’histoire. Ses trois pilotes : Manuela Gostner, Rahel Frey et Michelle Gatting tiendront le volant d’une Ferrari 488 GTE de l’écurie Kessel Racing pendant les European Le Mans Series et les 24 Heures.

Pour Michèle Mouton, grande pilote de rallye et présidente de la commission femmes dans le sport automobile de la Fédération internationale de l’automobile (FIA), il s’agit « d’une opportunité fantastique et bien méritée ». La FIA a même annoncé qu’elle soutiendra et suivra « avec grand intérêt », la saison de l’équipage (qui débutera le 14 avril sur le circuit du Castelet, dans le Var). « Pour chacune d’elles, avoir obtenu un engagement aux 24 Heures du Mans est incroyable et constitue un pas important vers notre objectif qui est de faire monter des femmes sur le podium lors de l’épreuve la plus emblématique des courses d’endurance. » Un objectif réaliste. Pour sa première et unique course, aux 12 Heures d’Abou Dabi (Emirats arabes unis) en décembre dernier, le trio s’est classé sixième au classement général et deuxième de sa catégorie.

Pourquoi si peu de femmes ?

Puisque ce n’est pas un problème de performance, pourquoi retrouve-t-on si peu de femmes sur la grille de départ ? « Il est difficile de savoir pourquoi mais je pense que les choses évoluent, explique Michèle Mouton. Les femmes sont de plus en plus nombreuses à s’engager dans la discipline et de nouvelles opportunités se présentent à elles. Avec le soutien de l’Union européenne, nous avons lancé un programme de deux ans pour attirer les jeunes filles âgées de 13 à 18 ans vers le sport automobile. Le « Girls on track karting challenge » s’est déroulé dans neuf pays européens. Lors de la finale, six jeunes femmes ont été sélectionnées pour former une équipe qui participera à des camps d’entraînement sportifs et éducatifs ».

Dans son autobiographie La Course ou la vie (éditions Avant-Propos), la pilote belge Christine Beckers (qui a participé aux 24 Heures en 1977), expliquait que le manque de modèles positifs pour les jeunes filles permettait de comprendre l’absence de ces dernières. « Les femmes qui font de la course, on n’en parle pas assez. Celles qui auraient envie d’en faire se disent que ce n’est pas possible. Moi je l’ai fait parce que j’ai vu une femme qui courait. » En l’occurrence Maria Teresa de Filippis, la toute première pilote en F1.

Servir de modèle aux générations futures, devenir un symbole, est-ce là l’objectif de l’équipage de Deborah Mayer ? « Non, ce que nous voulons c’est offrir à des femmes la possibilité de courir dans une équipe très performante et de montrer leur talent. Nous ne sommes pas là pour une seule épreuve. Notre objectif est d’être le plus concurrentiel possible, dans la durée, et de nous battre pour des podiums ou même plus. » Une telle performance au Mans, en juin prochain, serait évidemment historique.