VIDEO. Comment j’aurais dû mourir dix fois en quatre tours

Automobile J’ai pris les commandes d’un simulateur ultraperfectionné dans l’espoir de battre tous les records sur la piste des 24 Heures du Mans...

Alexis Moreau/Mireille Fournaise

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Holala cette sortie de virage!
Holala cette sortie de virage! — A. Magallon/20 Minutes

Article mis à jour le 22 février 2018

A quelques semaines du départ des 24 Heures du Mans, j’ai eu la chance de frôler, en avant-première, les 300 km/h dans la ligne droite des Hunaudières. Enfin, quasiment. J’étais en réalité au volant d’un simulateur ultra-perfectionné développé par AOTech et reproduisant à l’identique le circuit sarthois. A quoi ça ressemble? A un châssis McLaren, en carbone monté sur une plateforme à vérin, qui se déplace de façon verticale, latérale et recule pour simuler les sensations des freinages. Le tout géré à distance par huit ordinateurs et placé face à des écrans.

Démonstration

Mais avant de tester moi-même cette machine infernale, j’observe avec attention la session d’un pilote professionnel australien. De jour, de nuit, seul ou au milieu du trafic, Nick Foster enchaîne les tours sans accrocs. Et même quand un problème technique surgit (l’un des trois rétroprojecteurs chargé de réfléchir le circuit sur les panneaux s’éteint par accident), mon prédécesseur arrive à rejoindre l’arrivée. A peine passe-t-il quelques mètres dans un bac à sable, que des trombes d’eau s’abattent sur le circuit.

«L’objectif pour les pilotes qui viennent ici est d’apprendre le tracé, l’emplacement des drapeaux, s’adapter aux conditions météorologiques, apprendre à doubler les voitures plus lentes mais aussi à être doublé par les plus rapides. L’important, c’est moins le chrono que le style de conduite», explique Yann Coudouret, ingénieur simulateur et ingénieur de courses.

Petit mise au point sur les consignes de sécurité.
Petit mise au point sur les consignes de sécurité. - © A. Magallon/20 Minutes

Pourtant, à force de voir les pixels défiler sous mes yeux, je me dis que ce simulateur n’est rien d’autre qu’une grosse PS4 améliorée. Une bonne dose d’accélérateur avec R2, un petit coup de frein à main en entrée de virage et le tour est joué. A moi le record du circuit, non?

C’est donc avec un esprit conquérant que j’enfile gants et chaussures et que je prends place dans la carcasse exiguë. Siège baquet, volant à palettes bardé de boutons et armature sur les côtés… Difficile de faire plus réaliste.

Le volant de la fameuse McLaren.
Le volant de la fameuse McLaren. - ©  A. Magallon/20 Minutes

«Un conseil, ne roulez pas trop vite»

«Un conseil, ne roulez pas trop vite», me prévient Daniel Ognard, étudiant en immersion chez AOTech. «Il y a un manque d’impression à basse vitesse. C’est à cause de l’écran 2D. Du coup, l’erreur la plus commune, c’est d’aller trop vite et de se retrouver 20 ou 30 km au-dessus de la vitesse adaptée.»

Bon, autant vous le dire tout de suite, j’aurais dû prendre plus au sérieux ses recommandations.

Tour 1: l’apprentissage

C’est l’heure du grand départ. Après une belle sortie des stands, j’attaque fièrement la fin de la ligne droite puis le premier virage, quand, très vite, tout se gâte. J’arrive trop rapidement, l’arrière de ma E-McLaren chasse et je me retrouve déjà dans le sable. Le reste du tour ne va pas beaucoup mieux se dérouler. Dérapage, tête-à-queue, choc frontal contre une barrière… Heureusement pour moi, les obstacles verticaux ne sont pas modélisés. Le choc n’est donc pas comparable à celui d’un vrai accident. «C’est possible de le programmer sur certains simulateurs, précise Daniel Ognard, mais nous avons choisi de ne pas le faire. Il n’y a pas d’intérêt et ça pourrait être dangereux pour le pilote, qui pourrait se blesser aux poignets.»

Tour 2: Le mal de mer

C’est au moment de heurter(de nouveau) une barrière qu’une phrase prononcée plus tôt, au moment du briefing, me revient. «Certains pilotes peuvent être malades dans le simulateur. C’est à cause des projections, ils ne sont pas tous habitués à rester concentré sur un écran pendant longtemps.» Et en effet, entre les secousses et l’effort oculaire que nécessite le pilotage à haute vitesse, mieux vaut éviter de s’enfiler une tartiflette avant de prendre la route.

Tour 3: La prise de pouvoir

Je décide de ne plus me prendre pour Lewis Hamilton et d’aborder plus lentement ce troisième tour, déterminé cette fois-ci à garder mes quatre roues sur la piste. Bonne nouvelle: c’est ce qu’il se passe, je m’habitue à la sensibilité du volant et commence à mieux appréhender les trajectoires. C’est donc sans accrocs que je coupe la ligne d’arrivé, loin du record du monde mais sans être (trop) ridicule.

Alors que la première partie du tracé était dans la lignée de l’exercice précédent, un nouveau tête-à-queue m’ôte toute chance de réaliser un bon chrono. Je décide donc de mettre un terme à ma brève carrière de pilote, d’autant que la sueur commence à envahir mes mains et mon visage. Notons que Nick Foster avait, pour sa part, réalisé une quarantaine de tours à la même place sans trop broncher. «Qui a dit que les sports mécaniques n’étaient pas de vrais sports?», me lance Daniel Ognard au moment de m’ouvrir la porte. Certainement pas moi.

>>> Prenez de la vitesse et découvrez l'ensemble de notre dossier «20 Minutes dans la roue des 24 Heures du Mans»

Des accidents lors des 24 Heures du Mans, il y en a tous les ans. Certains plus graves que d’autres. Le dernier mortel en date remonte à 2013, lorsque le pilote danois Allan Simonsen est décédé d’un choc interne en percutant les rails de sécurité après avoir voulu éviter une voiture en perdition.

Et maintenant, c'est l'heure de jauger vos connaissances avec notre quiz!

A des vitesses dépassant régulièrement les 300 km/h, la moindre inattention, erreur ou écart de conduite ne pardonne pas. Et vous? Sauriez-vous gérer des situations dangereuses ou complexes à bord d’un bolide sur la course des 24 Heures du Mans? Un seul moyen de le savoir (sans prendre de risques): vous mettre en situation. Les bonnes réponses nous viennent d’un expert en la matière: le pilote Julien Canal, vainqueur au Mans dans la catégorie GT1 en 2010 et la catégorie GTE Am en 2011 et 2012.