Quand y aura-t-il (enfin) davantage de femmes au Mans?

Parite Les femmes restent largement moins nombreuses que les hommes aux volants des voitures, mais cela change petit à petit...

Thierry Weber

— 

Inès Taittinger est l'une des deux seules femmes à avoir pris le départ au Mans cette année.
Inès Taittinger est l'une des deux seules femmes à avoir pris le départ au Mans cette année. — Florent Colnot

Pour cette 84ème édition des 24 Heures du Mans, seules deux femmes sur 180 pilotes, Inès Taittinger et Christina Nielsen, prenaient le volant sur la ligne de départ. On est bien loin du record de participation féminine de 1935, où elles étaient dix à piloter pendant la course. Mais depuis le début des années 2000, on a des raisons de croire à une amélioration.

Ne nous emballons pas, d’après les dires mêmes de Pierre Fillon, président de l’Automobile club de l’ouest (ACO) qui organise la course, «l’endurance automobile est un milieu très masculin». Reste qu’aujourd’hui, la présence féminine est perçue d’un bien meilleur œil qu’avant. Avant, c’était par exemple de 1973 à 1977, quand Christine Beckers conduisait une voiture au Mans.

«Avec des femmes vous n’aurez aucune chance»

«Au début les gens rigolaient. Il fallait montrer qu’on était à la hauteur, voire un peu plus.» Elle se souvient notamment d’Henri Pescarolo, recordman du nombre de participations avec 33 départs. «Quand j’ai commencé dans l’équipe Inaltera, sa réflexion avait été de dire "avec des femmes vous n’aurez aucune chance"», se souvient la pilote. Depuis, Henri Pescarolo est largement revenu sur son sentiment d’alors, et à même préfacé le livre de Christine Beckers, La course ou la vie.

Preuve qu’un réchauffement est bien à l’œuvre. L’écart entre l’expérience de Christine Beckers et d’Inès Taittinger s’en trouve même édifiant. «C’est un sport plus masculin c’est sûr, les femmes ne sont pas forcément attirées par le sport auto. Mais je suis une femme, et ça ne change rien du tout. Il faut juste faire ses preuves. C’est presque plus facile, pour les sponsors et les médias, c’est moins commun». La jeune femme, presque agacée par l’insistance des médias sur la question, estime d’ailleurs que «c’est un sport qui s’ouvre de plus en plus aux femmes».


L’ACO entend d’ailleurs accélérer cette tendance. «Nous essayons de créer une filière, en les encourageant à piloter en karting dès le plus jeune âge, comme tous les grands noms du sport automobile qui ont ensuite gravi les échelons», met en avant le président de l’ACO. Il estime à 10% le nombre d’inscrites.

Plus de femmes dans les teams

S’il n’y a pas pour l’instant plus de femmes au départ, «on en voit de plus en plus dans les teams», explique Pierre Fillon. Et de citer Leena Gade, «une brillante ingénieure» de l’équipe d’Audi, qui, bien qu’elle quitte la marque, «restera dans le sport automobile». Et on les espère aussi plus nombreuses dans les gradins. «Aujourd’hui, il doit y avoir 15% de femmes dans le public, nous voulons changer cette proportion.»


Pour cela, le pavillon des femmes, espace qui leur est réservé, a vu le jour en marge de la course il y a deux ans. «C’est un moyen de communiquer avec elles et de faire découvrir notre discipline. Elles vont rencontrer des femmes de pilotes, des ingénieures…». Des progrès donc, mais on peut s’interroger avec Christine Beckers sur la lenteur du processus. «Je n’ai pas d’explication logique. Il faut plus mettre en avant les femmes qui réussissent.»  Et si Inès Taittinger a dû abandonner la course cette année (comme 10 autres équipes d’hommes au fait), elle reste, comme elle le dit si bien, «une pilote comme un autre».