Que se passe-t-il dans la tête d'un pilote pendant la course?

sensations Les pilotes de courses ressentent bien des choses différentes lorsqu'ils sont aux manettes...

Thierry Weber

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A 24 ans, Paul-Loup Chatin a couru les 24 Heures du Mans pour la première fois en 2014.
A 24 ans, Paul-Loup Chatin a couru les 24 Heures du Mans pour la première fois en 2014. — T. Weill/20 Minutes

Le vrombissement des moteurs, le drapeau qui donne le départ, les bolides qui passent en trombe devant des milliers de spectateurs… Rien que du côté du public, l’excitation est à son comble.  Alors qu’en est-il pour les conducteurs? A l’occasion de la première édition de Le Mans Passion Share, où des skippers et des pilotes des 24 Heures du Mans ont échangé leur sport le temps d’une journée, nous avons demandé aux pros de l’asphalte ce qu’ils ressentaient lorsqu’ils étaient derrière le volant.

Le stress

Tous les grands sportifs le ressentent. La pression qui monte, le cœur qui bat la chamade. Le sport automobile ne fait pas exception, surtout quand les pilotes sur la ligne de départ doivent assurer pendant 24h. «Je ne connais pas un pilote qui ne soit pas stressé avant de monter dans la voiture, confirme Paul-Loup Chatin, 24 ans, qui a participé pour la première fois à la célèbre course Mancelle en 2014. On se sent tout petit quand on prend le départ. On est entouré de grands pilotes, il y a une foule énorme, et on se rend compte qu’on a beaucoup de chance d’être là.»

Même Romain Dumas, qui conduit depuis 14 ans aux 24 Heures du Mans éprouve les mêmes sensations. «Au départ tu ressens une énorme pression, ça fait un an que tu attends ça.», confie le pilote Alésien.

L’adrénaline

«Quand le soleil se lève, cela t’apporte un second souffle, comme si t’étais à 10 km de l’arrivée d’un marathon. Sauf que là, c’est encore très long.», reconnaît Romain Dumas avec le sourire. Le stress du début est remplacé rapidement par l’excitation tout au long de la course. Paul-Loup Chatin donne l’explication: «On roule quand même à 300km/h et c’est ça qui fait que c’est si bon, d’être à la limite et de savoir qu’on exploite au maximum sa voiture. Ca donne une adrénaline de fou!»

La concentration

Si conduire à une telle vitesse procure une surcharge hormonale, les pilotes ne peuvent pas se permettre de se laisser aller à leur jubilation. «Il faut essayer de rester concentrés, insiste Julien Canal, pilote manceau de 33 ans. Il y a beaucoup de monde dans le public, avec les fans, les sponsors, mais on doit faire abstraction de ce qu’il y a autour. Une fois que je suis dans la voiture, je suis isolé, je ne pense à rien, à part gagner centimètre par centimètre, aller toujours plus vite, être toujours plus précis.»

La concentration a d’ailleurs toujours autant d’importance quand on participe aux 24 Heures depuis plus de vingt ans comme c’est le cas d’Emmanuel Collard. «C’est primordial de rester tout le temps concentré, déclare-t-il. A des vitesses pareilles ça ne pardonne pas, surtout qu’il faut aussi gérer le trafic. Il faut être à 100% au niveau de la concentration.»

L’effort

«C’est un vrai sport le pilotage. Beaucoup ont l’impression qu’on est juste assis sur un siège derrière le volant, mais tous les jours nous allons en salle de sport», se défend Paul-Loup Chatin. D’après le jeune pilote, la conduite, c’est physique. D’ailleurs, pour Romain Dumas aussi, «il faut être affûté. Dans les virages, on prend quatre fois son poids en latéral, au freinage on met 120 à 130 kg sur la pédale de frein pendant des heures. A partir de 10-11h du matin par exemple, tu es fatigué, tu as envie que ça finisse.»

Le bonheur

Mais avec toutes ces sensations, il ne faut pas oublier la joie de conduire. Chaque pilote est nourri par une passion intense, mais tous ne prennent pas du plaisir au même moment. Pour Romain Dumas, c’est «la ligne d’arrivée qui me fait le plus vibrer», avoue-t-il avec son accent chantant. Pour Emmanuel Collard pas de moment phare, mais beaucoup de bonheur: « Après la pression et le stress, la course c’est que du plaisir.»

Plus jeune, Paul-Loup Chatin laisse parler sa fougue: «Le mieux, c’est quand on est en bagarre avec une autre voiture.» Mais le jeune homme sait se montrer poétique. «En 2014, quand mon ingénieur m’a dit que j’étais dans mon dernier tour, j’ai ouvert les yeux et regardé autour de moi. Ça m’a permis de regarder tous les gens, de ressentir l’émulation avec les autres pilotes, et j’ai trouvé ça beau.»