Bertrand Piccard : « L’efficacité énergétique est le marché du siècle »

Interview L’explorateur suisse, qui a réalisé le tour du monde avec l’avion solaire Solar Impulse 2, considère le développement durable comme un investissement rentable

Propos recueillis par Eugénie Calme

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Bertrand Piccard, à bord du Solar Impulse 2.
Bertrand Piccard, à bord du Solar Impulse 2. — Bertrand Piccard/Global Newsroom
  • En 2015-2016, Bertrand Piccard a réalisé avec André Borschberg le tour du monde en avion solaire, le Solar Impulse 2.
  • L’explorateur suisse participe au inOut, qui se tient à Rennes du 28 au 31 mars.
  • Il considère le développement durable comme un investissement rentable.

C’est un aventurier de l’air avec les pieds sur terre. Bertrand Piccard veut prouver que la protection de l’environnement est une affaire rentable. L’explorateur suisse est le père de Solar impulse, le célèbre avion solaire à bord duquel il a fait le tour du monde. Avec sa fondation, il a sélectionné 1 000 innovations écologiques et rentables qu’il entend présenter « aux gouvernements du monde entier ». Son mot d’ordre, allier écologie et profitabilité. La meilleure façon, dit-il, de convaincre les entreprises et les pouvoirs publics pour accélérer la transition énergétique.

Dire qu’écologie rime avec économie, ce n’est toujours pas une évidence ?

Il y a encore des gens qui pensent que la protection de l’environnement est un handicap pour la croissance économique. Mais ce n’est plus vrai. La plus grande source de croissance, c’est la modernisation des infrastructures, c’est là qu’on va créer des emplois, du profit et du développement.

Il faut comprendre que les énergies renouvelables sont devenues moins chères que les énergies fossiles dans la moitié du monde. Le prix du renouvelable s’est écroulé, notamment grâce à la Chine qui fabrique des panneaux solaires en grande quantité. Résultat, en installant une centrale photovoltaïque en Arabie Saoudite, on fabrique de l’électricité qui coûte trois fois moins cher que le gaz local et le pétrole.

Et en Europe ?

Chaque chose doit être utilisée en fonction de la région dans laquelle on habite. En Europe, il y a par exemple des endroits où l’énergie éolienne est descendue en dessous du prix du solaire ! Globalement, les gouvernements doivent adopter des plans d’action beaucoup plus ambitieux. On est en retard sur la Californie par exemple, qui développe des politiques d’énergie renouvelable beaucoup plus avancées qu’en Europe.

Comment expliquer ces résistances ?

Par la force de l’habitude : on continue de faire ce qu’on a toujours fait. Mais il y a aussi quelques groupes français qui saisissent les opportunités de changement pour progresser.

Vous êtes psychiatre. Vous avez la formule magique pour lever les barrières psychologiques ?

Il faut toujours parler le langage des gens qu’on veut convaincre. Parler d’environnement aux industries qui ont des amortissements à assumer et des salaires à payer, ce n’est pas facile. C’est pour ça qu’il faut sélectionner ce qui est rentable dans la protection de l’environnement. Il faut créer des alliances.

Vous avez des exemples concrets de cette rentabilité ?

Je pense à un dispositif comme l’Antismog. C’est un boîtier développé par une start-up anglaise et se met sur le moteur d’une voiture. Il permet d’économiser 20 % du carburant en diminuant 80 % des émissions polluantes. Au bout de six mois, le prix de l’installation du module est amorti, ça devient rentable. Mais il y a plein d’autres exemples, comme la production d’énergie avec les vagues ou tout simplement les bus électriques. Certes, ils coûtent plus cher à l’achat mais sur dix ans, on économise 400 000 dollars [environ 350 000 euros].

Ce qui est sûr, c’est que la production d’énergie renouvelable ne suffit pas, il faut être plus efficient. Et il y a des milliers de façons d’économiser de l’énergie : dans l’isolation des bâtiments, les machines et les processus industriels, notre façon de se déplacer, de se chauffer… Cette question de l’efficacité énergétique est le marché industriel du siècle. Il faut que tous les acteurs aujourd’hui comprennent les opportunités qu’il y a à changer de modèle.

Vous allez présenter vos mille solutions dans les prochains mois ?

Oui, dès qu’on aura recueilli toutes les innovations, je ferai un « tour du monde des solutions ». C’est amusant, car il y a exactement vingt ans, je partais faire un tour du monde en ballon. J’ai récidivé des années après en avion solaire pour faire passer ce message d’écologie que je continue à porter.

Cette fois, vous vous déplacerez comment ? En avion ? En ballon ?

Bon, pour ce tour du monde-là, on verra… Le but est surtout d’arriver dans chaque palais présidentiel et chaque parlement !