« On va vendanger ce qu'on peut »

Elisa Riberry-Frisullo

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Les viticulteurs les plus impactés ont prévu de ne même pas vendanger.
Les viticulteurs les plus impactés ont prévu de ne même pas vendanger. — C. Villemain / 20 minutes

Depuis la canicule de 2003, Bernard Metrat n'avait pas vu ses vignes autant souffrir. A une semaine du lancement officiel des vendanges, fixé par Inter Beaujolais au 7 septembre pour le rouge et le rosé, ce viticulteur de Fleurie s'attend à ne ramasser qu'une « grosse demi-

récolte » de gamay. Une tendance généralisée sur les 22 000 hectares du Beaujolais, où les aléas climatiques se sont enchaînés. En février, le nord du vignoble a été fortement touché par le gel. En août, « la grêle a frappé de nombreuses vignes, faisant éclater les baies », précise Olivier Condette, commercial à la cave de Bully-Quincié. Sur tous les coteaux, l'humidité a également favorisé l'apparition de nombreux champignons.

Des craintes de faillite
Résultat, le rendement moyen estimé par Inter Beaujolais ne devrait pas dépasser les 30-35 hectolitres par hectare, pour 52 hectolitres autorisés dans le vignoble. « Certains viticulteurs ont décidé de ne même pas vendanger. ça leur coûterait trop cher en main-d'œuvre, explique la Fédération des caves coopératives du Beaujolais et du Lyonnais, qui regroupe 2 200 viticulteurs. A Fleurie, Bernard Metrat a décidé de tout récolter, même si ses 2 hectares de chiroubles ont été dévastés par le gel et que ses 12 autres hectares n'ont pas été épargnés par les champignons. « On va vendanger ce qu'on peut. Je compte sur mon assurance pour m'indemniser ». Au domaine JG Chasselay, Fabien, jeune viticulteur en agriculture biologique compte, lui, sur ses stocks de 2011 pour pallier « le déficit de 2012 ». « On a des très bons vins de garde et crus de 2011. Et dans les prochaines semaines, la récolte 2012 devrait bénéficier d'un bon ensoleillement ce qui laisse quand même présager une bonne qualité », confie ce producteur de Châtillon. Mais dans le vignoble, cette qualité espérée ne suffit pas à apaiser les craintes d'une récolte « catastrophique ». « Certains viticulteurs sont mal assurés, d'autres ont mal vendu en 2011 et ont peu de trésorerie pour faire face, ajoute-t-on à la Fédération. Il se murmure que de nombreux viticulteurs pourraient mettre la clé sous la porte cette année ».

le sud de lyon épargné

Si dans le sud de la Bourgogne, voisin du Beaujolais, de nombreuses vignes ont aussi été fortement frappées par la grêle, au sud du Rhône, en revanche, les vendanges se présentent bien. « Nous n'avons pas subi de forts aléas climatiques. Pour l'instant, la récolte s'annonce très bonne », indiquait mercredi le syndicat de l'AOC Côte-Rotie et Condrieu.