La renaissance de la Maison du Chamarier

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Au 37 de la rue Saint-Jean (5e), la petite cour intérieure de la Maison du Chamarier a retrouvé son faste du xvie siècle. Les travaux de rénovation entamés fin 2003 ont permis de sauver les façades du premier immeuble de style Renaissance construit dans le Vieux Lyon, qui devrait accueillir dans quelques années « une ambassade du beaujolais ».

En 1480, François d'Estaing est nommé chamarier du Chapitre de la Cathédrale de Lyon. Parmi les trente-deux chanoines qui vivent autour de l'archevêque, c'est lui qui gère la cité épiscopale, située au bas des pentes de Fourvière recouvertes de vignes et de vergers. Il est en charge de la justice, des finances et de la sécurité et possède les clés des six portes des remparts qui entourent le cloître, y compris celle de l'entrée principale, la porte Froc, à côté de laquelle il habite. « Au Moyen Age, les chamariers vivaient dans un bâtiment qui ne payait pas de mine et se plaignaient beaucoup de leurs conditions de vie », raconte Guillaume Emonot, du musée Gadagne. En 1496, François d'Estaing décide alors de faire de cet habitat morcelé une magnifique demeure avec un escalier en vis. Un puits attribué à l'architecte lyonnais Philibert de l'Orme sera ajouté au xvie siècle.

La construction de la maison se termine en 1516. A cette époque, une grande partie de la bourgeoisie souhaite habiter dans l'attractif quartier Saint-Jean, les quais de Saône étant animés par les barques de riches marchands qui viennent vendre leurs draps de soie et leurs épices sur les foires de Lyon. « Le chamarier percevait les taxes de ces produits de luxe, ce qui permettait d'entretenir les bâtiments de l'Eglise de Lyon », note Mathieu Méras, ancien directeur des archives départementales du Rhône. La ville, très prospère jusqu'au milieu du xvie siècle, attire alors toute l'élite italienne, et ses banquiers. Ainsi la famille Gadagne qui n'hésite pas à construire un grand hôtel en guise de pied-à-terre, transformé en musée au xxe siècle.

Carole Bianchi

La Marquise de Lyon, pâtisserie située dans la Maison du Chamarier, évoque la Marquise de Sévigné qui y séjournait avant de rejoindre Grignan.