L'Antiquité révélée par les barges

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A l'origine du Vieux Lyon, il y a un port romain. Niché sur une berge de la Saône, à la hauteur de l'actuel quartier Saint-Georges, il accueille quelques habitants de Lugdunum, avant d'être massivement investi au Moyen Age. Ce constat est devenu définitif... en octobre 2003, quand des archéologues assistent à un petit miracle.

Lors du creusement d'un parking, ils découvrent des objets antiques à la pelle, et surtout seize embarcations en bon état, dont six ont passé 1 800 ans sous l'eau ! « Ces épaves sont des sources documentaires exceptionnelles, car aucun écrit ne retrace l'activité le long de la Saône dans l'Antiquité », s'enthousiasme Grégoire Ayala, responsable des fouilles archéologiques, précédant la construction du parking Saint-Georges (5e). Place Benoît-Crépu, à 10 mètres sous terre, les archéologues découvrent six chalands gallo-romains en bois d'environ 30 tonnes et 15 mètres de long.

Ces embarcations et des pontons témoignent pour la première fois de l'existence d'un port antique. Voilà la « plaque tournante » d'échanges par voie fluviale, « le grand centre commercial et d'affaires romain », décrit par le géographe grec Strabon. Depuis la construction du métro dans les années 1980, les archéologues ont ainsi retrouvé dans la Saône des faïences d'Espagne, des vases et du soufre italiens, du marbre d'Egypte, des denrées de base importées de la Méditerranée (vin, huile, poisson, fruits...), des statuaires, et des milliers de fragments d'amphores. Une mine d'or composée de rejets de cargaison.

« Le port servait aussi de dépotoir, les habitants amassant les déchets pour mieux protéger la berge mouvante de la Saône », explique Grégoire Ayala. Parallèlement, l'île Saint-Jean, reliant la colline à la Presqu'Ile, devient un lieu d'accostage pour les embarcations. Un lieu investi à la fin de l'empire romain par le pouvoir religieux, lequel, au début du Moyen Age, prend les affaires en main dans le Vieux Lyon...

Bertrand Cabanis

Trois des embarcations antiques sont restaurées au laboratoire Nucléart de Grenoble. Elles ne seront exposées au public qu'en 2007.