Une communauté meurtrie

Elisa Frisullo

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Du premier ministre Jean-Marc Ayrault au maire PS de Villeurbanne Jean-Paul Bret… Toute la classe politique a fermement condamné lundi l'agression d'une « violence insupportable » dont ont été victimes samedi soir trois jeunes de confession juive de 19, 22 et 24 ans.
Ils se rendaient à un office religieux à l'Ecole Beth Menahem de Villeurbanne, lorsqu'à quelques centaines de mètres de l'établissement, ils ont été insultés puis bousculés par trois jeunes, rejoints bientôt par sept autres, armés de marteaux et de barres de fer.

Des témoins auditionnés
L'un des étudiants a été blessé à la tête, les deux autres plus légèrement au visage et à la nuque. Lundi, plusieurs témoins ont été auditionnés par la sûreté départementale du Rhône, en charge de l'enquête. Mais à l'heure où nous bouclions notre édition, aucun des agresseurs présumés n'avait été interpellé. Selon les proches des victimes, certains des auteurs sont connus dans ce quartier, déjà meurtri en avril 2011 par l'agression d'un garçon juif de 21 ans. « Ses agresseurs, qui n'ont jamais été retrouvés, lui avaient tiré dessus avec un pistolet à grenailles », se souvient Marcel Amsellem, président du Conseil régional des institutions juives de France Rhône-Alpes. Puis en juin 2011, un autre jeune de 21 ans, portant la kippa, avait été agressé à coups de marteau et barres de fer par plusieurs jeunes arrêtés peu après les faits. « En France, il existe des zones, comme à Villeurbanne, où les citoyens juifs sont des cibles récurrentes d'actes antisémites », a dénoncé l'Union des étudiants juifs de France. Un constat partagé « avec colère » par Marcel AmseIlem, qui a observé « une forte progression des violences, injures et tags antisémites » depuis la tuerie de l'école juive Ozar Hatorah de Toulouse (affaire Merah). Selon lui, 50 faits de ce type ont été dénombrés en Rhône-Alpes sur les quatre premiers mois de 2012 contre 47 sur toute l'année 2011. Après l'agression de Villeurbanne, le ministre de l'intérieur Manuel Valls a prévu de recevoir mardi les représentants des organisations juives pour aborder les questions de sécurité.

Vidéosurveillance

Emmanuelle Haziza, conseillère municipale Villeurbannaise et candidate UMP dans la 6e circonscription du Rhône, a condamné « la politique d'angélisme et de laxisme de la mairie socialiste » et demandé« des moyens techniques de vidéoprotection et humains » pour assurer la sécurité des Villeurbannais. « Le communiqué de la candidate de l'UMP est abject. On ne peut pas, à partir de cette agression, porter le débat sur la vidéosurveillance », a rétorqué le maire socialiste Jean-Paul Bret, opposé au déploiement de la vidéoprotection.