Le couple à l'épreuve de la Révolution

ANNE DORY

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Le pont Morand, construit puis démonté en partie en 1793, par Jean-Antoine Morand.
Le pont Morand, construit puis démonté en partie en 1793, par Jean-Antoine Morand. — Archives de lyon

Ils se sont aimés sous la Révolution, jusqu'à ce que la mort les sépare. L'exposition En toutes lettres, aux archives municipales de Lyon jusqu'au 1er décembre, retrace la correspondance de deux couples lyonnais du XVIIIe siècle. Il s'agit de lettres échangées par Antoinette et Jean-Antoine Morand et par leur fils Antoine et sa femme Magdeleine. L'histoire de la famille Morand est intimement liée à celle de Lyon. « Jean-Antoine Morand est l'architecte du pont Morand », explique Anne Verjus, chercheuse au CNRS à l'origine de l'exposition. Ce pont enjambe aujourd'hui encore le Rhône entre les 1er et 6e arrondissements. Il ouvre au public en 1775, mais en 1793, alors que Lyon, assiégée, se révolte contre la Terreur, les Insurgés somment Jean-Antoine Morand de démonter son pont. Ce qu'il fit pour partie. « C'est ce geste qui causa sa perte. Lorsque les Républicains reprennent la ville, Jean-Antoine est arrêté », poursuit Anne Verjus.

La lettre du condamné
De sa prison, il écrit à sa femme et lui demande d'œuvrer pour sa libération. Mais rien n'y fera. Se sachant condamné, il lui adresse une dernière lettre : « Ils t'ont promis que je sortirai demain et ils te tiendront parole, mais ça ne sera pas pour me rejoindre à toi mais bien pour m'envoyer à l'échafaud. » Il est exécuté le 24 janvier 1794 place des Terreaux. Riches d'enseignement sur l'histoire de Lyon, ces lettres en disent également beaucoup sur la relation de couple au XVIIIe. « Ce qui m'a beaucoup surprise, c'est l'expression du désir dans les lettres, précise Anne Verjus. Antoine, par exemple, n'est pas pudibond. Il est visiblement amoureux et encore très attiré par elle, c'est très en contraste avec la morale bourgeoise du XIXe siècle. » On y apprend également qu'au XVIIIe, l'époux peut être très investi dans l'éducation, la santé et les choix vestimentaires des enfants. « Il n'y a pas l'idée que la femme a une science innée des soins à apporter à l'enfant, conclut Anne Verjus, mari et femme sont des alliés dans les affaires et la parentalité. »