La Demeure du Chaos veut avoir le dernier mot

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Thierry Ehrmann devra-t-il passer les façades de sa controversée Demeure du Chaos au Kärcher ? Vendredi, dans une petite salle bondée de la cour d'appel, l'avocat général a réclamé la remise en état des extérieurs de cette maison du xviie siècle de Saint-Romain-au-Mont-d'Or, transformée en oeuvre d'art apocalyptique par le patron du groupe Serveur, fournisseur de bases de données. Depuis 1999, les murs de la propriété ont été noircis, ornés de têtes de morts ou de portraits de terroristes, incrustés de météorites. Le tout sans autorisation. Plus de 2 500 oeuvres ont été réalisées par 45 artistes dans la Demeure, attirant les visiteurs et divisant les habitants de ce village cossu.

Face aux magistrats, le mécène a tenté de déplacer le débat hors du strict champ juridique. Il s'est dit victime de la « haine du maire », René Dumont, partie civile, à qui il oppose « un acte d'amour ». Il a enfin dégainé des pétitions signées par des profs d'art plastique, des artistes, qui le soutiennent dans sa démarche de « liberté d'expression ». « Nous ne sommes pas là pour juger votre oeuvre », a rectifié l'avocat général, qui a requis une amende de 100 000 euros. « Les règles d'urbanisme ne sont pas en caoutchouc. » Selon l'avocat du mécène, les peintures et sculptures échappent au code de l'urbanisme car elles mesurent chacune moins de 12 mètres. « Cette maison est au contraire une oeuvre monumentale avec laquelle l'auteur s'est approprié l'espace public », a estimé l'avocat de la commune. Décision le 13 septembre.

Frédéric Crouzet

Le 16 février dernier, le tribunal correctionnel de Lyon avait condamné Thierry Ehrmann à remettre l'extérieur de sa Demeure du Chaos dans son état initial dans un délai de six mois.