« la vie peut basculer à tout moment »

Elisa Frisullo

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Jean Wilson souhaite que son témoignage marque les esprits.
Jean Wilson souhaite que son témoignage marque les esprits. — c. villemain / 20 minutes

Lorsqu'il égrène ses heureux souvenirs ou ses projets avortés à cause de la maladie, Jean Wilson parle sans colère. Sans plaintes. A la veille du lancement de la campagne nationale du Sidaction qui commence ce vendredi, ce Lyonnais de 27 ans d'origine réunionnaise a souhaité témoigner pour raconter sa vie avec le sida. Et sensibiliser le public à ce fléau qui lui est tombé dessus « comme un couperet » en septembre 2009. « Je suis homosexuel et j'ai toujours eu des relations sexuelles protégées. Je n'aurais jamais pensé être séropositif », explique le jeune homme, sans doute contaminé pendant une fellation. Lorsque le diagnostic tombe, Jean Wilson se réfugie sur les berges du Rhône. « J'ai alors songé à me jeter dans le fleuve », se souvient-il. Mais ce jour-là, le jeune homme, qui rêvait de devenir « journaliste ou animateur télé », choisit de vivre. Pour un temps au moins.

« Il ne faut pas juger »
Car après des mois de trithérapie, traitement médicamenteux qui permet à de nombreux malades de vivre avec le sida, Jean Wilson décide d'arrêter. « Les cachets ne passaient plus, j'avais beaucoup d'effets secondaires et plusieurs opérations programmées pour m'ôter des cellules pré cancéreuses. J'ai accepté la maladie, mais pas de vivre avec, explique-t-il. Mais il ne faut pas prendre exemple sur moi, on aurait tout faux ». Au-delà de ce choix « très personnel », Jean Wilson veut avant tout que son histoire marque les esprits. Son message : « Protégez-vous. La vie peut basculer à tout moment ». Aujourd'hui, le jeune homme a déclaré le sida. La maladie le ronge, provoquant de fortes douleurs et une grande fatigue. A ses côtés, son compagnon, resté fidèlement, et sa sœur, l'hébergent, le soutiennent. Mais la plupart de ses amis ont cessé d'appeler. Et ses parents n'ont plus donné signe de vie depuis trois ans. Leur silence, Jean Wilson le vit comme une véritable déchirure. « Il ne faut pas juger le malade. Il faut l' accompagner, car ni les jugements, ni la colère ne feront disparaître le sida, insiste-t-il. La sphère sociale et familiale est primordiale ».