Vincent Carry : « Les Nuits sonores restent fragiles »

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Interview de Vincent Carry, 35 ans, coordinateur du festival Nuits sonores.

En 1996, le maire de Lyon Raymond Barre interdisait un grand rassemblement techno. Dix ans plus tard, le festival de musiques électroniques est un vrai succès. Que s'est-il passé ?

Ce n'est pas un problème spécifique à Lyon. En dix ans, les musiques électroniques sont passées de l'underground à une légitimation culturelle, du ghetto au grand public. Elles font partie de la vie quotidienne, du jingle du JT de TF1 aux sonneries de téléphones portables, en passant par la pub.

Souvent associée à la drogue,la techno fait-elle moins peur ?

Mais les Nuits sonores, ça n'est pas un festival techno. La techno, c'est juste un des nombreux courants musicaux électroniques. Elle représente 15 à 20 % de notre programmation, qui est aussi ouverte au hip-hop, au rock, au jazz et à la musique expérimentale. Nous n'avons pas le même public que les Tecknivals ou les free-party. Et il n'y a pas plus de drogue que dans d'autres concerts. C'est un événement raisonnable et très bon enfant. Avec nos petits moyens, nous lançons des actions de prévention sur l'alcool, la drogue, les MST et les risques auditifs. Des bouchons d'oreilles seront ainsi distribués cette année.

Sur un budget d'un million d'euros, les financements publics représentent aujourd'hui 35 %, contre 55 % il y a quatre ans. Ça vous inquiète ?

Non, c'est une bonne nouvelle, et c'est la clé de notre indépendance. Mais cela veut aussi dire que l'exercice est risqué. Nous devons trouver 65 % de l'argent par la billeterie et les bars. Le festival reste donc fragile. L'argent public nous donne une certaine liberté en évitant le piège de la rentabilité. Si le budget était 100 % privé, pourrait-on organiser des événements gratuits ou faire venir des artistes pointus qui drainent un public limité ? Le budget actuel a le bon équilibre.

Ce festival a t-il vraiment des retombées pour Lyon ?

On a du mal à le mesurer. Pendant cinq jours, on accueille deux cent cinquante journalistes et quatre cents professionnels. La moitié des 40 000 festivaliers attendus ne viennent pas de la région. Les hôtels sont pleins. Les retombées économiques sont donc là. Je suis persuadé que le contribuable s'y retrouve...

Le principe du festival est d'investir la ville et de faire découvrir des lieux inédits. Quels seront ceux de 2007 ?

On n'en sait rien et c'est un problème. On en a déjà exploré une quinzaine en quatre ans. Mais aujourd'hui, on cherche des lieux plus grands, car le festival accueille plus de monde. Ils sont rares et cela devient difficile d'en trouver à Lyon qui puissent respecter les impératifs techniques pour le son. D'autant que les normes de sécurité sont de plus en plus exigeantes.

Envisagez-vous d'organiser les Nuits sonores en banlieue ?

Oui, à terme, les Nuits sonores seront obligées de quitter le centre-ville pour la proche périphérie.

Recueilli par Frédéric Crouzet

Rens. : www.nuits-sonores.com