Mc Solaar, ça leur parle

Caroline Girardon

— 

MC Solaar s'est facilement prêté au jeu des questions des élèves hier matin.
MC Solaar s'est facilement prêté au jeu des questions des élèves hier matin. — C. VILLEMAIN / 20 minutes

«Il y a encore quelques mois, j'écoutais les rappeurs actuels sans me rendre compte de leur vulgarité. Je trouvais ça normal ». Séphora, élève en troisième au collège Joliot-Curie de Bron et ses camarades ont pu échanger hier matin avec MC Solaar. Le chanteur, icône du rap dans les années quatre-vingt-dix est venu les rencontrer dans le cadre d'un cours de français un peu particulier marquant l'aboutissement d'un travail collectif de presque 6 mois.

Etre engagé sans vulgarité
« Cette année, une partie du programme scolaire est consacrée à la poésie engagée, explique Virginie Trouiller, enseignante à l'origine du projet. La jeune femme a donc eu l'idée de faire travailler ses élèves sur des textes du rappeur, avec un double objectif littéraire et éducatif. « Je leur ai d'abord demandé de comparer les chansons de Claude [prénom du chanteur] et de celles de Booba, par exemple, afin qu'ils se rendent compte qu'on peut être engagé sans tomber dans la grossièreté ». Et le message est passé. « MC Solaar inculque des valeurs, déclare Célia. Il respecte les femmes ». « Ses chansons ont du sens, elles veulent dire quelque chose, poursuit Marian. Et puis de cette façon, j'ai appris ce qu'était une allitération ou une assonance ». « Au début quand on a étudié la chanson Solaar pleure, je n'ai rien compris, s'amuse l'un de ses camarades. Il faisait référence à des personnages que je ne connaissais pas, employait des mots que je n'avais jamais entendus. J'étais dépassé. Notre travail a consisté à se documenter et débroussailler le texte strophe par strophe ». Au-delà de l'aspect pédagogique, l'équipe enseignante a souhaité faire du chanteur un exemple pour des élèves parfois en décrochage scolaire. « Même si je n'étais pas doué à l'école dans certaines matières, je travaillais dur pour y arriver, a raconté l'artiste, ravi de faire partager aux adolescents son amour des bons mots. Il faut savoir s'amuser avec la langue française ».

Grand Corps malade l'an prochain ?

Encouragées par l'implication et la motivation des élèves dans ce projet, les trois enseignantes envisagent de renouveler l'opération l'an prochain. Les textes de Mc Solaar devraient à nouveau, être au programme. Virginie Trouiller souhaiterait même de contacter Grand Corps Malade afin qu'il vienne également témoigner et rencontrer à son tour, les élèves.