Le regard citoyen des jeunes de Vénissieux

©2006 20 minutes

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Owadid Fadhlaoui, 21 ans, et ses amis se définissent comme « les yeux et les oreilles des Minguettes ». Et ils ont l'intention de « faire bouger les choses ». Le déclic ? Les émeutes survenues en novembre dans les banlieues, dont Vénissieux. Six mois après, ces membres d'un collectif de rap font partie, avec une quinzaine d'habitants du quartier, du noyau dur de la toute jeune association Vénissieux à venir, créée pour « mettre des mots sur ce qui s'est passé » fin 2005.

Chaque jeudi soir, ces étudiants se réunissent dans un petit local du boulevard Lénine pour créer le débat avec les habitants. Logement, chômage, forces de l'ordre : chacun donne son opinion et propose des solutions. « L'idée est de développer la culture politique », explique Rami Temimi, porte-parole de l'association. « Le jeu de mot avec “à venir” signifie qu'on aura notre mot à dire dans le débat local pour les municipales et les cantonales », renchérit le président, Djamel Atallah, qui a participé à la marche des Beurs, partie des Minguettes en 1983. A deux ans des prochaines élections municipales, André Gerin, député-maire communiste de Vénissieux, affirme ne « pas sous-estimer ce phénomène qui se développe partout en France ». « Ces habitants cherchent une reconnaissance politique et sociale, ça me paraît plutôt positif. » Owadid, lui, explique qu'il veut « réveiller la population ». Dans la semaine, il distribue des tracts, discute, parle de l'association autour de lui. Un véritable travail de militant, même s'il n'aime pas trop ce terme. « C'est une responsabilité et un sacrifice qui en vaut la peine », note-t-il. Djamel Atallah acquiesce. Le 4 mai, ce dernier s'est rendu à Matignon avec d'autres représentants associatifs de banlieues pour faire un point « six mois après les émeutes ». «Les choses n'évoluent pas. Il y a eu des grandes déclarations mais la République a déjà oublié les banlieues. A la moindre étincelle, les émeutes peuvent reprendre », dit-il, amer.

Carole Bianchi

Vénissieux à venir a soumis ses idées dans un cahier de doléances qui sera remis à l'Assemblée nationale lors d'une marche, le 25 octobre 2006.