« Sarkozy a tout faux »

Recueilli par Elisa Frisullo et Caroline Girardon

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Le président PS de Rhône-Alpes déplore le manque de mesures prises par le Président pour soutenir l'industrie.
Le président PS de Rhône-Alpes déplore le manque de mesures prises par le Président pour soutenir l'industrie. — Cyril Vilemain / 20 minutes

Nicolas Sarkozy doit se rendre ce matin à Lyon pour rencontrer les acteurs économiques. Le président PS de la région Rhône-Alpes, qui déplore le manque de mesures en faveur de l'industrie, a prévu de l'interpeller sur ce sujet.

Qu'attendez-vous de la visite

du Président aujourd'hui ?
Le président de la République vient présenter ses vœux alors que la situation économique se dégrade. Aujourd'hui, bien qu'ayant un tissu industriel fort, notre région se retrouve avec de nombreuses entreprises devant les tribunaux de commerce, menacées sur la poursuite de leurs activités. La crise a bon dos.
En quoi le gouvernement

est-il responsable ?
Photowatt (Isère) est pour partie victime de la décision du gouvernement d'arrêter les investissements dans l'énergie solaire. Lejaby, c'est le sort des industries textiles, Veninov, des industries manufacturières. Des états généraux de l'industrie se sont tenus il y a deux ans. Depuis, certes, il y a eu les investissements d'avenir, mais on attendait d'autres mesures fortes. On les attend toujours alors que la France va de plus en plus mal, au niveau de son commerce extérieur, de sa production industrielle, donc de son emploi. En tant que président de Rhône-Alpes, première région industrielle de France, je me dois d'alerter Nicolas Sarkozy.
Comment sauver ce tissu industriel selon vous?
Je souhaite des solutions de reprise où l'Etat et les organismes d'Etat jouent pleinement leur rôle. On ne peut pas voir disparaître Photowatt, Lejaby ou Veninov. Il ne s'agit pas de maintenir ces entreprises sous perfusion, mais de leur permettre de repartir car ce sont des secteurs industriels clés. Aujourd'hui, il faut être plus actif sur l'innovation et consolider nos PME qui auraient bien besoin d'avoir un accès facilité aux marchés. Mais je crois peu à ce que Nicolas Sarkozy peut proposer. Trop d'occasions ont été manquées.
Les mesures annoncées hier au sommet social ne vous ont pas convaincu?
Nicolas Sarkozy n'a pas annoncé de mesures concrètes pour sauvegarder les emplois et permettre la réindustrialisation. Il néglige les PME qui constituent pourtant la base de notre tissu économique. Aujourd'hui, Sarkozy a tout faux. Prenons l'exemple de la TVA sociale voulue par le président. Elle aura pour conséquence de frapper le consommateur puisque le prix des produits va augmenter. Mais cela n'apportera pas un plus au secteur de la production. Est-ce que ça dopera les exportations ? Est-ce que ça aura un effet contraire sur les importations ? Non. Ce n'est pas parce qu'on aura taxé un peu plus les téléviseurs coréens qu'il y aura des télés françaises à la sortie.
On voit mal comment le président pourrait vous rassurer aujourd'hui…
Nicolas Sarkozy veut convoquer les collectivités locales pour voir comment réduire les déficits. Mais elles n'en ont pas. Ce ne sont pas les collectivités qui plombent les finances publiques. Ce qui pénalise la France, c'est la gestion imprévoyante, désordonnée de la part de l'Etat. Quand la région emprunte, c'est pour financer le quart de ses investissements. Le reste, nous l'autofinançons. Quand l'état emprunte, c'est pour payer les salaires, les retraites. Il ne faut pas tenter d'accuser les autres. Monsieur Sarkozy veut faire payer à la France ses propres turpitudes.

Les collectivités ont malgré tout aussi un rôle à jouer…
Nous avons mis en place un fonds d'action d'urgence pour permettre aux PME de se retourner sur les marchés ou de réorienter leur activité. En 2011, nous avons aidé 350 entreprises. Nous sommes intervenus sur le fonds régional pour l'emploi pour permettre à une cinquantaine d'entreprises d'accéder aux prêts bancaires, en étant co-garants. Et nous créons désormais un fonds régional d'investissement mi-public (région, caisse des dépôts), mi-privé (investisseurs) pour abonder les crédits des sociétés ayant des difficultés d'accès à l'emprunt. Au-delà de ça, notre capacité d'intervention est limitée.
La perte du AAA ne va rien arranger…
Nous avons emprunté pour la première fois sur le marché obligataire sur 120 millions d'euros à 4 % de taux d'intérêt sur 12 ans. Ce sont des conditions favorables. J'ai donné le feu vert vendredi dernier, au matin, car on sentait que la dégradation de la note française était imminente et que ça aurait des conséquences de difficultés d'accès et de renchérissement du crédit.
Vous avez limité la casse ?
Nos investissements 2 012 sont financés. Il est important de tenir notre programme d'investissement car l'activité et l'emplois dépendent. Mais je crains qu'il y ait un effet de contagion de la perte du AAA de la France.

les détails de la visite de Nicolas Sarkozy

Le président, accompagné des ministres François Baroin, Xavier Bertrand, Eric Besson et Nadine Morano, se rend ce matin à l'usine Seb-Calor de Pont-Evêque (Isère). Il ira ensuite à Eurexpo pour présenter ses vœux au monde économique. Une réunion boycottée par des élus et syndicats.