Les ouvrières dans l'attente

Caroline girardon

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Les ouvrières ont manifesté symboliquement dans la Cour des Voraces.
Les ouvrières ont manifesté symboliquement dans la Cour des Voraces. — c. villemain / 20 minutes

A l'instar des Canuts, elles ont voulu montrer qu'elles se battraient jusqu'au bout. Portant des masques blancs, les ouvrières de Lejaby ont envahi symboliquement hier matin la cour des Voraces, où se réunissaient jadis les tisseurs de soie lyonnais. Un dernier baroud d'honneur quelques heures seulement avant que le tribunal de commerce de Lyon n'examine l'offre des deux potentiels repreneurs de la société placée en liquidation judiciaire depuis le 22 décembre. « Même si le sort en est presque jeté, on veut montrer qu'on ne renoncera pas, explique Edith, salariée depuis 31 ans au siège de Rillieux-la-Pape. Nous sommes dépitées de voir qu'on saborde tout notre savoir-faire ».

Le repreneur connu aujourd'hui
« Nous souhaitons, au contraire, relancer ce savoir-faire et redynamiser la marque », répond Alain Prost, l'un des deux candidats en lice, hué par les ouvrières à la sortie de l'audience. L'ancien PDG de la Perla envisage de conserver 195 emplois sur 450 mais de fermer en contrepartie l'usine de fabrication d'Yssingeaux (Haute-Loire). « Nous projetons de développer du haut-de-gamme qui sera confectionné à Rillieux par une vingtaine de personnes au début, poursuit Alain Prost. Et nous sommes prêts à aider toutes celles d'Yssingeaux qui voudraient venir travailler ici. »
L'autre candidat à la reprise, Canat propose de conserver la moitié des emplois en Auvergne et une centaine au siège, soit 170 au total. Des mesures loin de rassurer les salariés. « Il n'y aura bientôt plus d'industries textiles en France », déplore Faouzi. « On se doute bien qu'Yssingeaux va fermer, regrette Marie-Claude en pleurs. Au bout de 32 ans d'ancienneté, on nous jette comme de la merde ». « On est trop jeunes pour partir en retraite, mais trop vieilles pour retrouver un emploi », tempête Eliane, 50 ans. En attendant les petites mains de Lejaby, à bout de nerfs, vont pourtant devoir patienter encore quelques heures. Le nom du repreneur sera rendu à 16 h aujourd'hui.

La réaction du Préfet

Interrogé sur l'avenir de Lejaby, le Préfet de région, Jean-François Carenco a estimé qu'il s'agissait « d'une société qui ne gagne plus d'argent depuis 10 ans ». « Ils n'ont pas su prendre le tournant du marché, a-t-il poursuivi. Aujourd'hui on ne peut pas accuser l'état ou le gouvernement d'être responsable de tout ça ».