La bande dessinée à la barre

Pierre Chausey
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Diego Aranega (en haut) s'inspire de la réalité.
Diego Aranega (en haut) s'inspire de la réalité. — DR et C. VILLEMAIN / 20 Minutes

   C'est une première pour la justice lyonnaise. Le tribunal rue Servient accueille actuellement une expo de BD. Des planches originales des Casiers judiciaires d'Aranega et Lefred-Thouron sont présentées dans… la salle des avocats. Dans cette série humoristique, parue chez Dargaud, les auteurs croquent avec justesse le monde de la justice, du procureur au multirécidiviste.
  « On ne pouvait pas exposer ailleurs que dans un tribunal », explique Dominique Labourier, propriétaire de la galerie lyonnaise Bleus et Originaux. Il a convaincu la commission culture du Barreau de Lyon, avec la complicité de Me Jérôme Chomel de Varagnes, séduit par l'idée. « J'avais déjà les albums mais mes confrères ont été un peu interloqués. Ils ont d'avantage l'habitude d'expos de photos ou de peintures », précise l'avocat. 

 Des gags rythmés
Les « casiers judiciaires » offrent des gags rythmés comme des audiences de comparutions immédiates. Un univers, inspiré de la réalité, mais accessible au néophyte. « Tout est fictif mais reste totalement crédible. Cela aurait pu se produire », souligne le dessinateur Diego Aranega. Pour donner du réalisme, il a longtemps traîné dans les prétoires avec son scénariste. « Tout ce qu'on a entendu, on ne l'a pas mis. Je préférais partir dans l'imaginaire. On ne voulait pas d'une caricature excessive. C'est le verbe qui est la colonne vertébrale de la série », explique-t-il. Dans les faits, l'humour est souvent présent de façon surréaliste dans les tribunaux. Les bons mots de prévenus qui n'ont pas toujours conscience des enjeux ou bien ceux d'avocats dépassés qui plaident l'impossible.
  « La série est bien vue. On se retrouve dans des moments vécus, confie Me Chomel de Varagnes. Notre pire adversaire, c'est parfois notre client. Mais lors d'une audience en cour d'appel, je me rappelle m'être caché derrière un banc tellement je riais de la plaidoirie d'un confrère ».