Chaïb, la thèse du crime raciste fait son chemin

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Au milieu de la foule, une banderole blanche. « Crime racial » est écrit en lettres noires. Hier, un millier de personnes ont descendu en silence la Grande-Rue d'Oullins, derrière la famille de Chaïb Zehaf, tué par balles à la sortie d'un bar samedi soir. Devant l'agence bancaire où il a été abattu par un client ivre, des bouquets de fleurs sont déposés.

Les proches de ce père de famille de 41 ans laissent éclater leur douleur. « Nous demandons juste que justice soit faite », lance sobrement une nièce de la victime. « Ce n'est pas à la famille de dire s'il s'agit d'un crime raciste, tempère Halim, le demi-frère de Chaïb, médiateur à la Duchère. Pour l'instant, c'est une exécution sommaire. » Mais des témoins viennent désormais accréditer la thèse du crime raciste, rejetée par le parquet au vu des premières auditions. Sid-Aid, 19 ans, dit avoir assisté à toute la scène, en allant chercher un DVD à une cinquantaine de mètres des lieux du crime. Il a vu un homme tirer sur Nabil, le cousin de Chaïb. Puis Chaïb se jeter sur le tireur avant que celui-ci ne l'atteigne de deux balles dans le thorax et une dans la tête. « Il criait sale arabe, arabe de merde, même après avoir tiré », raconte aujourd'hui le jeune homme qui souhaite être réentendu par la police.

Samedi vers 22 h, le tireur, Jean-Marie Garcia, 38 ans, a rejoint, ivre, son frère à la Brasserie du commerce arborant un 9 mm à la ceinture. Alors que le bar se vide, une altercation éclate entre les deux groupes, pour une raison toujours obscure. Garcia a tiré en l'air. A la demande du patron, qui dit avoir prévenu un policier de la présence d'un homme armé, tout le monde est sorti. L'altercation a repris dehors et tourné au drame. « Il pouvait avoir l'alcool violent et était interdit de séjour dans plusieurs bars... où il traînait souvent avec ses copains arabes », raconte un patron de café.

Frédéric Crouzet