la centrale du bugey sous tension

carole bianchi

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Surchauffe à la centrale nucléaire du Bugey, située aux portes de Lyon. L'Autorité de sûreté nucléaire s'inquiète de la multiplication des incidents sur le site de l'Ain, l'un des plus anciens avec Fessenheim en Alsace. Dans son bilan régional de l'année 2010, dévoilé hier, l'ASN a noté « une dégradation des conditions de sécurité » pour les employés. Deux agents ont subi un « accident grave du travail » sur le site exploité par EDF. Lors de différentes manœuvres, l'un a perdu une phalange à la main gauche et l'autre s'est fait une entorse en tombant d'un échafaudage mobile. « Les enquêtes sont en cours », a précisé l'ASN. Un départ de feu s'est également produit dans un bâtiment de chantier. Et de l'eau radioactive a été déversée à deux reprises dans la zone contrôlée des réacteurs.

« Pas d'anticipation »
« Cette dégradation est à mettre en lien avec l'importante activité de maintenance que connaît la centrale, nuance Grégoire Deyirmendjian, chef de la division de Lyon de l'ASN. Notamment avec le remplacement des générateurs de vapeur du réacteur n° 3 et sa remise en route début 2011. » Ce réacteur était à l'arrêt depuis avril 2009 en raison de « dégradations importantes », selon l'ASN qui a demandé à EDF de « mieux anticiper » ses opérations de maintenance. « Les effectifs, sous-traitants y compris, ont quasiment doublé, passant de 1 240 à 2 500, témoigne un employé souhaitant gardant l'anonymat. On travaille dans la promiscuité avec la pression constante d'EDF. » D'autant que la centrale, comme toutes les autres en France, devra réaliser avant le 15 septembre un audit établi par l'ASN pour tirer les leçons après la catastrophe de Fukushima au Japon. Avec trente ans de fonctionnement derrière eux, les deux réacteurs première génération du Bugey devront donc présenter de nombreuses garanties de sécurité. « Si nous devions décider de la fermeture d'une centrale, nous le ferons », a assuré Grégoire Deyirmendjian.