Les sinistrés du cours Lafayette réintègrent leur appartement

Anne Dory

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« On a changé quatre fois de logement en deux ans. Aujourd'hui, je suis épuisé », explique Hervé Delorme, de retour cours Lafayette.
« On a changé quatre fois de logement en deux ans. Aujourd'hui, je suis épuisé », explique Hervé Delorme, de retour cours Lafayette. — E. FOUDROT / 20 MINUTES

Seuls les odeurs de peinture et les échafaudages dans le hall d'entrée témoignent encore du long chantier qui a suivi la catastrophe. Plus de deux ans après l'explosion de gaz, qui avait coûté la vie à un pompier et causé d'importants dégâts, les habitants du 119 cours Lafayette (3e) réintègrent petit à petit leur immeuble. Des nouvelles boîtes aux lettres, un nouveau carrelage, l'entrée de l'immeuble est comme neuve, et pourtant, après l'explosion, il n'en restait rien. « Le plancher du premier étage était éventré, le hall était ravagé et l'escalier effondré jusqu'au premier étage. La puissance de l'explosion est inimaginable, c'était comme si on avait placé trois kilos d'explosifs dans la cave », se souvient Gérard Viault, l'un des habitants de l'immeuble. Près de l'ascenseur, les conduites de gaz, peintes en jaune vif, montent vers les étages.
Quand on leur demande s'ils ont une appréhension à revenir sur les lieux, les occupants du 119 parlent au contraire de soulagement. « C'est une grande joie pour nous de rentrer, poursuit Gérard Viault, mais en même temps j'ai un sentiment de gâchis. C'est deux ans et demi de perdus loin de chez nous. Nous avons été agressés dans notre intimité, nous avons été des zombis pendant deux ans. » Les habitants du 119, et du 117 également touchés par l'explosion, ont en effet dû se débrouiller trouver des solutions d'hébergement.

Préjudice moral
« Entre les enfants, l'hôtel, les meublés, on a changé quatre fois de logement en deux ans et, pendant tout ce temps, je ne me suis pas senti chez moi. Aujourd'hui, je suis épuisé », explique Hervé Delorme, un retraité qui vient de réintégrer le 5e étage. Ce sentiment de malaise a décidé les occupants des immeubles endommagés à entamer un nouveau combat judiciaire pour la reconnaissance du préjudice moral qu'ils ont subi. Préjudice auquel il faut ajouter d'importantes pertes financières. « On en est tous de notre poche, affirme Vincent Delattre, qui réintègre son logement du 117 aujourd'hui. Je ne suis pas revenu de la manière dont se comportent les assurances. J'ai 30 000 € dehors rien que pour les travaux dans l'appartement, ça monte à 150 000 € si on prend en compte les dépenses indirectes ».
Au terme de ces deux ans, les habitants attendent toujours réparation, avec le sentiment d'avoir été abandonnés. « Même la ville n'a rien fait pour nous et ça continue. Ainsi, la police municipale verbalise régulièrement les déménageurs et les entrepreneurs qui travaillent pour nous », indique Vincent Delattre.

Explosion

Le 28 février 2008, vers 11 h 30, des ouvriers travaillant devant le 117 cours Lafayette percent accidentellement une conduite de gaz. Les secours sont immédiatement prévenus et le quartier évacué. Alors que les pompiers effectuent des mesures de gaz, une poche stockée dans les sous-sols explose. Un pompier de 35 ans, ensevelis sous les gravats, décèdera quelques heures plus tard à l'hôpital. En tout, 40 personnes ont été blessées dans cette catastrophe.