Polémique relancée autour de l'efficacité de la vidéosurveillance à Lyon

SECURITE Le sociologue Laurent Mucchielli ravive le débat sur la vidéosurveillance à Lyon, après avoir analysé un rapport de la cour régionale des comptes...

A Lyon, C.B.

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Le gouvernement veut "tripler" les capacités de vidéo-surveillance existant actuellement en France dans le but de lutter contre les risques de terrorisme et de violence, un dispositif qui doit faire l'objet d'un "contrôle indépendant", selon la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil).
Le gouvernement veut "tripler" les capacités de vidéo-surveillance existant actuellement en France dans le but de lutter contre les risques de terrorisme et de violence, un dispositif qui doit faire l'objet d'un "contrôle indépendant", selon la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). — Jean-Philippe Ksiazek AFP/Archives

Présenté au conseil municipal de juin, le rapport de la cour régionale des comptes sur la sécurité publique à Lyon n'avait pas inquiété la majorité socialiste plus que ça. Pourtant les Verts, opposés à l’extension de la vidéosurveillance, avaient souligné «l’intérêt» de cette étude, réalisée entre 2003, date des premières installations de caméras à 2008.

Dès les premières pages, la cour régionale des comptes résume: «Au quotidien, le centre de supervision urbaine de Lyon (ndlr: qui gère la vidéosurveillance)  est utilisé prioritairement pour des problèmes de troubles à l’ordre public et beaucoup moins pour les atteintes aux biens et aux personnes. L’utilisation judiciaire des images s’est progressivement développée. Celle-ci reste cependant marginale au regard de l’ensemble des faires enregistrés sur la ville de Lyon. L’impact du dispositif sur la baisse de la délinquance de voie publique est techniquement difficile à évaluer et au vu des données actuelles n’est pas évident». Le rapport conclut en soulignant: «du point de vue de l’efficience, le sujet de la vidéosurveillance parait notamment devoir être approfondi, au travers d’une évaluation complète de son intérêt.»

>> Pour lire le rapport dans son intégralité, c'est par ici.

L’impact des caméras sur la délinquance serait de 1%

Depuis, Laurent Mucchielli, sociologue et directeur de recherche au CNRS, a décortiqué les chiffres de ce rapport et ses conclusions, publiées sur Mediapart, sont beaucoup plus tranchantes. «Selon les informations du centre de supervision urbaine, en 2008, les faits signalés ont entraînés environ 200 interpellations, soit une moyenne d’une procédure par caméra par année», relève le sociologue. Par ailleurs, les images ont été requises dans 322 procédures judiciaires, soit une moyenne d’environ 1,7 procédure par caméra et par année. Ce qui est vraiment très faible.»

Pour lui, «l’impact de la vidéosurveillance sur la délinquance constatée par la police nationale à Lyon est de l’ordre de 1%».

Pour la préfecture, les caméras donnent des résultats

Interrogé par 20minutes.fr sur ces conclusions qui ont depuis été reprises par plusieurs sites anti-vidéosurveillance, le préfet du Rhône, Jacques Gérault, s’en étonne. «Le travail accompli avec la ville de Lyon sur la vidéoprotection est tout à fait valable. Deux cents interpellations menées grâce au dispositif, c’est déjà énorme», précise-t-il.

Les Verts de Lyon, eux, préfèrent attaquer sur les «coûts importants dépensés pour une efficacité quasi nulle» plutôt que sur la rentabilité même des caméras. «Il y a beaucoup de raccourcis avec tous ces chiffres, note Pierre Hémon, président du groupe des Verts à la ville de Lyon. Car le but premier de la vidéosurveillance, c’est d’éviter les infractions. Or on voit dans le rapport que la baisse de la délinquance de voie publique à Villeurbanne, qui refuse d’installer des caméras, est plus forte qu’à Lyon où la ville a fortement investi pour la vidéosurveillance.»

Un coût estimé à plus d’un million par an

Selon le rapport de la cour régionale des comptes, la ville a dépensé en moyenne 855.000 euros par an depuis 2003 pour l’installation des caméras. Ce chiffre devrait passer à 1,5 million d’euros de 2009 à 2011. Et 200.000 euros sont consacrés à la maintenance et au fonctionnement du système.

Laurent Mucchielli avance: «Au total, la vidéosurveillance coûte donc probablement à la ville de Lyon (donc aux Lyonnais), entre 2,7 et 3 millions d’euros. Ce qui pourrait représenter près d’une centaine d’emplois municipaux de proximité.» Une réflexion approuvée par les Verts qui réclament «un moratoire sur la vidéosurveillance» tant que son efficacité n’a pas été prouvée.

ETUDE UNIVERSITAIRE
Le maire de Lyon, Gérard Collomb (PS), a fait savoir à la cour des comptes qu’une étude universitaire indépendante serait lancée sur une période de trois ou quatre ans pour approfondir le sujet.