Lyon

« Les Lyonnais étaient dans l'insouciance »

Gérard Chauvy Le journaliste et historien revient sur les événements de juin 1940 à Lyon

La France commémore aujourd'hui les 70 ans de l'appel du général de Gaulle à la résistance. Ce 18 juin 1940, l'armée allemande arrivait aux portes de Lyon. Le Musée d'histoire militaire de Lyon consacre une exposition aux événements de juin 1940, à laquelle a participé l'historien Gérard Chauvy. L'auteur de Lyon, 40-44, (Payot, 1993) revient pour 20 Minutes sur cette première occupation allemande, qui dura dix-sept jours.

Quelle est la situation

à Lyon ce 18 juin 1940 ?
Les Lyonnais apprennent dans la soirée que Lyon est déclaré ville ouverte, c'est-à-dire que l'armée française renonce à combattre l'envahisseur allemand et à détruire les ponts. Le maire Edouard Herriot est à Bordeaux, ville où s'est installé le gouvernement du maréchal Pétain. Il lui demande dans la nuit de classer Lyon ville ouverte, pour éviter un carnage, comme il l'a fait pour Paris le 14 juin.

Dans quel état d'esprit

sont les Lyonnais ?
Ils vivaient alors dans une sorte d'insouciance. La guerre était loin. Seul l'afflux de réfugiés du nord de la France et de l'Europe, qui étaient installés au palais de la Foire, leur fait prendre conscience progressivement de l'avancée de l'armée allemande. Il n'y a pas de panique. Jusqu'au 14 juin, quand Paris tombe sans combat. Dès le 16 et le 17 juin, les écoles sont fermées. Les Lyonnais commencent à évacuer la ville.
Quand arrivent les Allemands ?
Ils entrent dans Lyon le 19 juin. Le régiment Grossdeutschland arrive par Caluire et la Croix-Rousse. Les Lyonnais découvrent une armée disciplinée, qui tranche avec l'armée dépenaillée de la France. Arrivés à la préfecture l'après-midi, ils prennent en otage six personnalités civiles, dont le préfet, le premier adjoint, le cardinal Gerlier, afin de s'assurer de la tranquillité de la population. Ils occupent rapidement les ponts et les points stratégiques de la ville, installent des panneaux en allemand.
Il n'y a pas eu de combats

pour défendre la ville ?
Non, pas à Lyon. Il y a eu quelques escarmouches désespérées, notamment à Caluire. Un soldat du nom de Rendu avait renoncé à se rendre et a monté une barricade avec d'autres soldats. Ils ont été tués. Mais des combats plus violents ont éclaté le 19 juin au nord de Lyon. Le 25e régiment de tirailleurs sénégalais avait reçu l'ordre de tenir des positions sur les nationales 6 et 7. Ils ont ouvert le feu sur les Allemands qui ont rapidement écrasé cette résistance. Les tirailleurs sénégalais ont tous été exécutés. Le lendemain, à Chasselay, les Allemands délogent les derniers tirailleurs, qui seront massacrés et écrasés par les chars.
Comment se comportent

les Allemands à Lyon ?
Jusqu'à leur départ de Lyon le 7 juillet, après les accords d'armistice, les militaires allemands ont voulu donner une image de bons occupants. Ils organisent des défilés, des concerts de musique militaire. Mais ils ont aussi entrepris un pillage de l'économie régionale, en vidant les dépôts industriels et en réquisitionnant les denrées alimentaires. Les Lyonnais commencent à apprendre à vivre avec les restrictions, qui se feront plus dures en 1941 et surtout en 1942, avec le retour de l'armée allemande.