Nuits sonores (2/4) Histoire des musiques électroniques à Lyon : la répression (1994-1998)

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En 1994, le mouvement techno en plein essor va connaître un tournant. Le 18 mars, la soirée Numesis rassemble plus de 2 000 personnes au Transbordeur. Pour la première fois, un déploiement des forces de l’ordre attend la foule à la sortie. Trois jeunes sont arrêtés en possession d’ecstasy. Cet événement est annonciateur de la répression policière qui va suivre. En janvier 1995, le ministère de l’Intérieur publie une circulaire aux allures de manuel anti-techno. Il devient alors impossible d’obtenir les autorisations nécessaires pour organiser une soirée. « Comme pour le jazz ou le rock lorsqu’ils sont apparus, on s’est servi de la drogue pour diaboliser la techno », raconte Vincent Carry, l’actuel coordinateur du festival Nuits sonores. Les raves sauvages, appelées « free-party », se finissent souvent en garde à vue. Les organisateurs sont obligés de jouer au chat et à la souris avec la police. « En juin 1995, on a voulu monter une soirée officielle près de Villefranche. Les autorisations tardant à venir, on a prévu un plan B. On a installé du matériel au lieu prévu, mais la soirée était ailleurs », raconte Pénélope, décoratrice et scénographe, qui participait à l’organisation. Pendant que les gendarmes attendent de pied ferme les « teuffeurs » à Villefranche, la vraie fête se déroule dans un hangar à Chassieu, à deux pas de la caserne de la CRS 45. Les forces de l’ordre arrivent un peu tard et tentent, en vain, d’interdire l’entrée tandis que Daft Punk enflamme le dance-floor. Malgré ce pied-de-nez, la répression s’accentue. Elle atteint son summum le 24 février 1996 pour la soirée Polaris à la halle Tony-Garnier, où plus de 10 000 personnes sont attendues. L’association des Discothèques de Lyon et sa région, qui qualifie cette soirée de « drogue-party », envisage une manifestation violente pour faire pression auprès de Raymond Barre. La veille de la soirée, le maire de Lyon, craignant des incidents, accorde finalement son autorisation mais jusqu’à minuit et demi seulement. Les organisateurs, qui avaient investi un million de francs, sont obligés d’annuler. Mais loin de déposer les armes, les activistes techno contre-attaquent. A Lyon, les acteurs de la scène électro française se regroupent et créent l’association Technopol, qui jouera plus tard un rôle déterminant dans la reconnaissance du mouvement. Sylvain Der-Sarkissian

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