Thomas Buhler: «Il y a des résistances des automobilistes»

INTERVIEW Thomas Buhler, chercheur, lance une étude sur l'usage de la voiture face aux modes alternatifs...

Recueilli par Frédéric Crouzet

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Pourquoi les automobilistes lyonnais continuent-ils à prendre leur voiture alors que les transports alternatifs se développent? Thomas Buhler, 26 ans, élève ingénieur à l'Insa de Lyon, rattaché au laboratoire d'aménagement et urbanisme, a choisi de se pencher sur cette question pour son doctorat.

Il lance une étude qualitative pour comprendre «les stratégies et tactiques» des usagers de la route. Et recherche, par l'intermédiaire de notre journal, une trentaine d'automobilistes volontaires pour participer à son enquête.

En quoi cette étude est-elle originale?

Par sa méthodologie. Durant une semaine, je vais confier aux automobilistes un dictaphone pour qu'ils puissent s'exprimer à la fin de chacun de leurs déplacements. Il s'agit d'approcher au plus près la réalité du terrain, d'obtenir des informations de l'usager dans l'action. C'est assez rare. On connaît finalement peu de chose sur les déplacements automobiles, ce qui les motive. La plupart des études sont quantitatives, basées sur des questionnaires et des sondages.

Quels sont les objectifs de cette enquête?

Comprendre les freins des automobilistes pour passer à d'autres modes de déplacement, alors que la ville se développe sur un mode durable. Et déterminer des leviers pour les inciter à laisser leur voiture. Des études menées sur le nouveau métro de Rennes ont montré que seulement 10% des utilisateurs étaient des automobilistes. Le report modal est loin d'être évident. On ajoute des solutions de mobilité, sans forcément créer une alternative pour les automobilistes.

A Lyon, la part de la voiture a pourtant tendance à baisser…

Oui, mais les déplacements sont plus longs. Il y a encore une forte inertie, des résistances des automobilistes. Elles sont liées à l'habitude, à des facteurs culturels, à l'habitat. Les conducteurs évoquent aussi le gain de temps alors qu'ils minimisent la durée passée en voiture. Mais l'environnement urbain, comme le nombre de places de parking par exemple, joue aussi un rôle. Cette étude doit permettre de voir comment les espaces et les projets conçus par les architectes, les urbanistes sont perçus par les individus. Et comment cela peut aider à enrichir les pratiques d'aménagement de la ville.

CONTACT

Pour son enquête, Thomas Buhler recherche une trentaine de personnes qui se déplacent majoritairement en voiture dans l'aire urbaine de Lyon. Contact : 06 12 16 36 94 ou thomas.buhler@insa-lyon.fr