Le quartier Grolée meurt à petit feu

ECONOMIE Commerces, bureaux le centre-ville de Lyon ne séduit plus autant qu'avant...

Elisa Frisullo
— 

Début 2009, la rumeur prédisait l'arrivée de nouvelles enseignes pour l'automne dernier. Mais neuf mois après le début de la commercialisation des dizaines de pas-de-porte inoccupés, aucune enseigne n'est venue s'installer à Grolée. Pire, ce quartier appartenant à la société foncière Docks Lyonnais semble avoir perdu le peu d'âme qui lui restait. « Je suis très déçue », confie Régine Artaud, directrice de Zilli. Cette prestigieuse enseigne de prêt-à porter est la première à avoir fait le pari fin 2005 de s'installer dans ce quartier, censé, selon le projet des Docks, devenir la plus luxueuse adresse de Lyon.

Des loyers exorbitants
Mais l'optimisme a cédé la place au scepticisme. Trois ans après le départ des premiers commerçants, priés par les Docks de quitter les lieux dès fin de leur bail, les locaux vacants n'ont toujours pas trouvé preneur. « Les rues ne sont plus fréquentées. Nous souffrons du manque de clientèle de passage qui représente quand même 50 % de l'activité d'un commerce », ajoute la directrice de Zilli. À deux pas, le propriétaire de l'Heure Franco-Suisse partage le même constat. « Il n'y a plus de chalandise, alors les gens ne viennent plus », déplore George Rivolier. D'ici à la fin de l'année, cet horloger sera contraint de fermer sa boutique, après 60 ans de présence à Grolée. « Mon bail s'achève fin septembre. Les Docks m'ont déjà informé qu'ils ne le renouvelleraient pas », ajoute ce commerçant, qui a lui aussi constaté une nette diminution de son chiffre d'affaires. Une situation qui a déjà conduit à la mort de plusieurs commerces. « Même les boutiques qui ne dépendent pas des Docks sont asphyxiées. Ils ont étouffé tout le monde en transformant le secteur en no man's land », dénonce le propriétaire d'un café, le seul du quartier à ne pas avoir été contraint de fermer. Selon lui, le prix exorbitant des loyers réclamés par la société foncière explique la frilosité des enseignes à venir s'implanter ici. « Il faut compter entre 2 000 et 2 500 € par mois le m2. Aujourd'hui, personne ne peut payer un tel loyer. On n'est pas rue Montaigne à Paris, » ajoute le cafetier. Contactée hier, la société foncière n'a pas souhaité s'exprimer sur l'avancée de la commercialisation lancée en juillet 2009. Mais selon la mairie de Lyon, les Docks auraient contacté ces derniers mois plus de 150 enseignes françaises et internationales. Aucune d'entre elles n'a, semble-t-il, encore accepté de faire partie de ce prestigieux grand magasin de plein air.

historique

En 2006, les Docks ont racheté au prix fort les pas-de-porte de Grolée à Cargill. Fin 2004, ce fonds d'investissement américain avait racheté 10 immeubles du quartier à la ville de Lyon pour 87 millions d'euros, soit moins de 2000 euros le m2.