La Série noire continue pour les bijoutiers

Frédéric Crouzet

— 

Vendredi 12 mars, peu avant 8 h 30. Trois hommes vêtus de noirs, cagoulés et lourdement armés, font main basse sur la vitrine d'une petite bijouterie située à l'angle de la rue de Brest et de la place des Jacobins (2e). Ils prennent la fuite à bord d'une « Smart », remontent les quais du Rhône où ils ouvrent le feu sur la voiture de police qui les suit. Il s'agit de la huitième attaque de bijouterie ou d'atelier depuis fin 2009, la troisième depuis le début de la semaine. Une série noire qui suscite exaspération et inquiétudes dans la profession.

« 300 kg de métal volés »
« Nous avons dépassé le simple ras-le-bol. Nos adhérents ont peur, pour eux, mais aussi pour leurs familles. Certains veulent même cesser leur activité », résume Roland Bernard, président du syndicat régional des fabricants de bijoux. Les bijoutiers se disent désormais en « situation de guerre déclarée » contre les malfrats. Ils vont participer à des sessions de formations aux risques en milieu urbain, dispensés par la gendarmerie, pour apprendre à se déplacer en toute sécurité entre leur domicile et leur usine. Plusieurs employés et patrons d'atelier ont été pris en otage par les malfaiteurs. Mardi dernier, le dirigeant d'une fabrique de Ternay a été violemment intercepté dans sa voiture avant d'être forcé à ouvrir ses coffres. Le même jour, deux hommes ont tenté de braquer un atelier dans le 7e arrondissement. Ils ont ouvert le feu dans leur fuite, blessant un passant. « Plus de 300 kg de métal ont été volés ces derniers mois à Lyon », calcule Gérard Drahy, directeur du groupe lyonnais Dufaud, assureur en bijouterie. Pour lui, cette situation « inédite » est l'œuvre d'un « même gang, très organisé et bien renseigné ». « On ne peut plus parler de hasard », dit-il. La police judiciaire de Lyon, en charge de ces enquêtes, préfère évoquer une « équipe à tiroirs », un groupe de malfrats qui « se connaissent et se partagent les cibles ». Tous attirés par l'or, métal facile à revendre et dont le prix, en hausse de 40 % en un an, atteint 27 000 euros le kilo.

une tradition

« Lyon est la ville de France où l'on produit de plus en terme de kilos de bijoux, une tradition qui nous vient de la Renaissance », indique Roland Bernard, président régional du syndicat des fabriquants de bijou. Rhône-Alpes compte environ 150 entreprises spécialisée dans la fabrication de « bijoux de base », dont une grande partie dans le centre de Lyon. Ces ateliers discrets sont souvent situés en étage. « La tentation est grande, tout paraît plus facile », déplore le bijoutier.