Myriam Picot: «La garde à vue est humiliante»

INTERVIEW La bâtonnière de Lyon lance une action collective des avocats...

Propos recueillis par Frédéric Crouzet

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En quoi consiste cette «opération garde à vue» menée dès aujourd'hui par le barreau de Lyon?

Cette semaine, les avocats vont soulever massivement la question de la nullité des gardes à vue devant la chambre des comparutions immédiates, les juges pour enfants ou les juges de la liberté et de la détention. L'objectif est de faire statuer un maximum de magistrats sur cette question et d'obtenir des décisions de nullité. Si la garde à vue est annulée, toute la procédure tombe car elle repose sur les déclarations faites à ce moment-là.

Pourquoi ces gardes à vue pourraient-elles être annulées?

Un arrêt de la Cour Européenne des Droits de l’Homme de 2009 a rappelé à la Turquie que l’avocat devait pouvoir organiser la défense de son client et donc avoir accès au dossier. Mais aujourd’hui en France, les avocats interviennent en ne sachant rien, sauf la date et la nature des faits reprochés. C’est comme si un médecin ne pouvait pas ausculter et donner un médicament à un patient. L’avocat ne peut pas être aux côtés de son client lors de son interrogatoire. C’est presque une visite de courtoisie. Et à Lyon, les locaux de la garde à vue à l’hôtel de police ne permettent pas un entretien en toute confidentialité. Nous allons demander que le tribunal se rende sur place pour le constater.

Que faut-il faire pour que cela change?

Il faut modifier la loi. Des textes sont actuellement en préparation. L'Etat français sera obligé de s'adapter aux arrêts de la Cour européenne. Par cette action collective, nous voulons marquer le coup afin d'obtenir un changement législatif. Nous espérons que d'autres tribunaux se joindront à cette action.

N'ya-t-il pas, surtout, trop trop de gardes à vue?

Avec 800 000 procédures par an, dont 22 600 dans le Rhône, la France a une culture de la garde à vue. Elles sont décidées par des policiers et des gendarmes qui sont soumis à une politique du chiffre. Mais toute privation de liberté devrait faire l'objet d'une décision judiciaire. Et la garde à vue devrait être réservée dans les cas où elle est nécessaire à l'enquête. Pour une infraction routière, une convocation suffit. On sait que la garde à vue place les gens dans des conditions particulières, d'humiliation et de faiblesse. Mais on n'a pas besoin d'être humilié pour répondre d'une infraction.