Un tribunal fantoche contre la répression

Carole Bianchi

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Vendredi, les membres de l'association ont enterré symboliquement la loi sur le racolage.
Vendredi, les membres de l'association ont enterré symboliquement la loi sur le racolage. — AFP

Le 2 juin 1975, une centaine de prostituées lyonnaises décidaient d'occuper l'église Saint-Nizier (2e) pour dénoncer la répression policière dont elles étaient victimes. Trente-quatre ans après, la multiplication des arrestations pour « délit de racolage passif » (instauré en 2003 dans le cadre de la loi pour la sécurité intérieure) a poussé le Mouvement du nid, association de défense des prostituées, à réinvestir le lieu de culte vendredi. Pour y organiser, cette fois, un faux procès de deux personnes accusées d'avoir « exhibé leurs charmes ».

Dans une petite salle bondée, une jeune Ghanéenne a dû s'expliquer de son comportement face à un président embarrassé. « Les services de police vous ont vu aller vers les voitures, habillée d'une jupe courte et de bottes hautes », avance-t-il. « Je marchais juste dans la rue », a rétorqué la jeune femme. Parmi les participants à ce faux procès, se trouvait la meneuse du mouvement de 1975, Marie-Claude Masson, connue sous le prénom d'Ulla. « C'est la police qui fait la loi, analyse-t-elle. Cela me rappelle des souvenirs et je suis déçue. J'ai l'impression de me retrouver trente ans en arrière. »

A la barre, un collectif fictif s'est élevé contre « les interpellations discriminatoires » des prévenus en raison de leur couleur de peau. « Les associations lyonnaises préoccupées par d'autres combats, sont à la traîne sur les questions liées à la prostitution. Cela doit redevenir une priorité », a relevé Odile Belinga, présidente de la fédération du Rhône de la Ligue des droits de l'homme et avocate. La défense des prostitués, jouée par de vrais avocats, a dénoncé « l'absurdité du délit ». « Où est-elle cette loi qui protège les victimes, les prostituées ?, a questionné Me Frédérique Ménard-Serrand, du barreau de Paris. Pourquoi cette mansuétude pour les clients, à l'origine de la prostitution ? Avec ces procédures expéditives, les proxénètes peuvent dormir sur leurs deux oreilles. » Le tribunal, convaincu par ces arguments, s'est accordé le droit d'abolir le délit de racolage. W