Des retraites plombées par les charges

Élisa Frisullo

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En emménageant aux Patios d'Or à Vaise (9e), les pensionnaires pensaient couler une paisible retraite. Mais depuis un an, la vie dans cette résidence pour seniors, inaugurée par la mairie en 2007, est devenue infernale pour les habitants, confrontés à une explosion des charges locatives. « Elles ont augmenté de 85 % par rapport à ce que prévoyait notre bail. On se retrouve avec des rattrapages de 2 000 euros, c'est de l'escroquerie », tempête Jean-Pierre.

Pour contester les sommes qui lui sont réclamées par lettre d'huissier, ce retraité a, comme cinquante-huit autres résidents, attaqué en justice le syndic Sagestimm, chargé de la location et de la gestion des Patios d'Or. Et la liste des récriminations est longue. A commencer par les charges fixes annuelles « qui ont été largement sous-estimées au moment de la location, indique leur avocat Antoine Rousseau. Elles sont passées de 145 539 euros annoncés à un montant réel de 257 434,80 euros. » Les frais annuels d'électricité, évalués à seulement 5 000 euros, ont ainsi bondi à 42 348,24 euros. « Ils nous ont facturé sur un an plus de 2 400 m3 d'eau utilisés pour les parties communes, soit presque la consommation des 90 locataires réunis », ajoute Pierre, qui a scrupuleusement épluché les charges de la résidence. Le constat est sans appel. « Sur 310 000 euros, 190 000 euros sont injustifiés », indique-t-il, convaincu qu'on leur a fait payer des coûts de gestion qui n'incombent pas aux locataires. Des pénalités facturées par EDF à la société pour retard de paiement, notamment, ou la construction de la salle commune située au rez-de-chaussée. « Le promoteur l'a fait construire, facture le prix de la construction aux locataires pour le revendre ensuite aux propriétaires des appartements, note l'avocat. C'est choquant, on profite de personnes vulnérables. » Suite à cette affaire, l'ambiance s'est dégradée aux Patios. « Ceux qui ne peuvent plus payer se terrent chez eux, les malaises se sont multipliés », raconte Josette, une pensionnaire. « J'ai peur qu'il me jette dehors », s'inquiète une autre. « Nous n'avons jamais expulsé personne », assure le gérant de Sagestimm, Olivier Boyaval, qui indique que, d'ici à 2011, les charges auront baissé de 33 %. « Nous avons changé le statut de la résidence qui nous imposait des normes de sécurité dont le coût d'exploitation était très important », ajoute-t-il, conscient « que les charges de départ ont été mal évaluées ». W