Les dinosaures refont surface

Carole Bianchi

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Les 124 habitants de Plagne (Ain) avaient réussi à tenir leur langue depuis six mois. Pourtant, le secret était de taille. Le 5 avril, deux passionnés de fouilles paléontologiques ont découvert aux abords du village, perché à 850 m d'altitude, les « plus impressionnantes empreintes de sauropodes au monde », selon Jean-Michel Mazin, directeur de recherche au CNRS de Lyon.

Il y a 150 millions d'années, plusieurs dinosaures herbivores de « 20 à 25 m de long » et pesant « 30 à 40 tonnes » sont passés dans cette partie du massif du Jura auparavant immergée. A une heure de Lyon, ce site est aujourd'hui situé à la lisière d'une forêt et parsemé de chemins caillouteux, où les randonneurs avaient l'habitude de se promener. Quelques protections de fortune ont été installées pour la dizaine de traces déblayées. Et un panneau indique « Pistes de dinosaures sauropodes. Attention fragile ».

« C'est une découverte colossale en raison de la taille des traces, qui mesurent environ deux mètres, alors que les plus grandes répertoriées étaient de 1,15 m. Et en raison de l'étendue du site, qui représente une dizaine d'hectares à fouiller », précise Jean-Michel Mazin. La bonne conservation de ces pas est due selon lui à « une succession de phénomènes exceptionnels, notamment à un assèchement rapide de la terre après le passage des dinosaures ».

Hier, Marie-Hélène Marcaud, enseignante, et Patrice Landry, géologue professionnel, auteurs de la découverte, n'en revenaient toujours pas. Depuis la fin des années 1990, ils se sont « mis en tête » de chercher des traces de dinosaures. « Des sites avaient déjà été découverts près d'ici à Dole, Coisia et Belleydoux ».

Et puis au printemps, sur un chemin usé par les passages de tracteurs transportant du bois, Marie-Hélène Marcaud trouve « un caillou en forme arrondie, caractéristique du bourrelet de terre provoqué par l'impact d'une patte de dix tonnes ». « C'était tellement gros qu'on doutait de l'authenticité. Nous étions sidérés », se souvient l'enseignante. Dans le village, qui ne compte ni commerces ni école, les habitants n'ont « pas été plus choqués que ça par la découverte », relate l'un d'eux, Maurice Robin. « Mais il va falloir changer nos habitudes. Tout le monde passait en voiture sur le chemin pour aller cueillir les champignons ». Le maire de la commune, Gustave Michel, espère que les autres collectivités se manifesteront pour l'aider en cas de valorisation du site. « Il nous faudrait au moins un parking », note-t-il sans vraiment encore mesurer l'impact de cette découverte. W