Interrogations après l'incendie criminel

Frédéric Crouzet

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Quand ils ont aperçu un homme cagoulé s'enfuir en courant dans la nuit, il était déjà trop tard. Les quatre agents de sécurité, affectés à la surveillance du dépôt TCL de Perrache (2e), n'ont pu empêcher le cocktail Molotov lancé par l'individu d'embraser un bus. Puis le feu s'est immédiatement propagé aux autres véhicules garés devant le bâtiment. Hier, à 2 h 30 du matin, cet acte criminel est venu jeter le trouble dans le lourd conflit qui oppose direction et salariés des TCL. L'intervention rapide des pompiers a permis de protéger la partie arrière du dépôt, où était rangée une quarantaine de bus. Et où se trouve une énorme cuve de gasoil de 40 000 litres.

Le feu a été maîtrisé au bout de trois heures. Hier matin, tandis que les agents de la police technique et scientifique de la PJ effectuaient les premiers prélèvements, les riverains nettoyaient la poussière noire qui avait envahi leur logement. « Nous avons été réveillés par plusieurs explosions. C'était les réservoirs des bus et les pneus qui éclataient. Il y avait tellement de fumée qu'on n'y voyait pas à 50 m », raconte Antoine Sanchez, habitant de la résidence Suchet, qui longe le dépôt TCL. Vingt-cinq personnes d'un autre immeuble ont, elles, dû être évacuées.

Bilan du sinistre : 34 bus calcinés et 4 endommagés, 2 500 m2 d'entrepôts ravagés et une toiture métallique sérieusement abîmée. Malgré l'incendie, les conducteurs non grévistes ont assuré leur service dès 5 h du matin. « Les 50 000 usagers dépendant des lignes du dépôt ont pu avoir des bus », a indiqué la direction de Keolis Lyon, société exploitant le réseau TCL.

Cet incendie intervient au 7e jour de la grève des salariés des TCL, qui paralyse la ville et provoque de nombreuses tensions. Est-ce l'acte d'un conducteur gréviste, dont certains ont montré leur colère et leur détermination depuis jeudi ? D'un client mécontent ? « Ça peut être n'importe qui, soupire un salarié des TCL. Mais les déclarations du maire de Lyon disant que nous n'étions pas les plus à plaindre a peut-être jeté de l'huile sur le feu dans l'esprit de certains. » « Ça ne peut pas être un agent TCL. On a déjà eu des conflits plus durs et on n'a jamais eu de casse. Notre matériel, c'est ce qui nous fait vivre », indique Denis Faye, secrétaire du syndicat Unsa-TCL. Bernard Tabary, directeur général de Keolis Lyon, s'est refusé à faire le lien entre l'incendie et la grève : « Je n'ai aucun élément pour accuser qui que ce soit. Je ne fais pas d'amalgame. » « Trente-quatre bus brûlés, cela représente 12 millions d'euros. C'est l'argent des usagers, des contribuables et des entreprises qui est parti en fumée », a déploré Bernard Rivalta, président PS du Sytral, l'autorité organisatrice des transports. W