Mermoz Nord, la traversée d'un désert

Wilfried Lacour

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En quelques mois, Mermoz Nord (8e) est devenu une cité fantôme. Dans ce quartier HLM situé en contrebas du pont autoroutier de l'A 43, au nord de l'avenue Jean-Mermoz, les passants se font rares au milieu des barres délabrées. Et les commerces de proximité tournent au ralenti. « Avant, il y avait toujours une quinzaine de personnes qui discutaient sur la place et des enfants qui jouaient », raconte Jackie, arrivée en 2003. Aujourd'hui, 290 des 465 locataires ont quitté cette cité construite à la fin des années 1950. Leurs logements doivent être détruits ou rénovés dans le cadre d'un projet de renouvellement urbain du Grand Lyon, qui va durer jusqu'en 2013. L'autopont devrait notamment être détruit pour permettre le raccordement des parties nord et sud du quartier.

En attendant, Malika Touati guette encore le moindre événement depuis son balcon dont la rambarde fissurée menace de s'effondrer. Cette quinquagénaire doit quitter le T2 qu'elle occupe dans une tour de quatorze étages jusqu'à sa réhabilitation, en février 2010. Mais comme une quinzaine de locataires, elle refuse d'être relogée. « Aujourd'hui, je paye 186 euros par mois. Mais après la rénovation de l'appartement, le loyer risque d'exploser et je ne pourrai plus l'assumer », explique Malika, résidente du quartier depuis dix ans. D'autres habitants ont passé là toute leur vie et deviennent isolés dans leurs immeubles vides. Pour retrouver une vie de quartier, ils se rendent à l'antenne du centre social Laënnec, installé dans des locaux flambant neufs depuis avril. « Un programme d'accueil a été mis en place pour les personnes âgées. Nous ne nous étions jamais rendu compte de leur existence car elles restaient chez elles », explique France Bidart, une des animatrices. Le soir venu, ce sont surtout les jeunes qui animent le quartier. Dans les coursives de la barre E, leur passage se devine aux tags qui recouvrent tous les murs. « Les jeunes qui ont déménagé reviennent toujours ici. Pour que Mermoz Nord change, il faudrait vraiment que ça se calme. Certains jours, cinq voitures brûlaient en même temps », estime Eliette Ferrari, secrétaire du comité des locataires. Installée ici depuis trente-huit ans, elle ne croit guère à un rapprochement avec Mermoz Sud. « Chacun organise ses fêtes de son côté et il n'a jamais été question de s'inviter les uns les autres. » W