Échappée de détenus

Elisa Frisullo

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Après deux ans derrière les barreaux, Emmanuel s'apprête à prendre la clé

des champs... à bicyclette. Comme sept autres prisonniers du centre de détention de Saint-Quentin-de-Fallavier (Isère), ce jeune homme de 23 ans prépare actuellement le tour de France cycliste pénitentiaire, qui s'élancera jeudi de Lille. Près de 400 coureurs (200 détenus et autant de personnels pénitentiaires de la France entière) participeront, par étapes, à ce périple de 2 300 km, destiné à favoriser la réinsertion par le sport. Pour être prêt le 10 juin à courir les 130 km de l'étape entre Privas et Le Pontet, les détenus isérois bénéficient depuis deux mois d'une préparation physique à l'intérieur comme à l'extérieur de la prison.

« Des permissions de sorties leur ont été accordées pour qu'ils réalisent sur le terrain ce qu'ils auront à faire le jour J », explique Alain Dupret, surveillant et moniteur sportif à Saint-Quentin. Et leurs efforts commencent à payer, puisque ces prisonniers en fin de peine, peu à l'aise au début sur leurs selles, avalent désormais une centaine de kilomètres à chaque entraînement. « Vivre entre quatre murs, ce n'est pas toujours facile. Alors, on profite de chacune de ces sorties exceptionnelles. Une fois dehors, on se sent vivre, on n'a plus l'impression d'être incarcérés », explique Emmanuel, qui doit être remis en liberté au lendemain de la course. Le jour de l'épreuve, ce détenu courra comme les autres participants en doublon avec un agent de l'administration pénitentiaire. Un tandem destiné à éviter toute tentative d'évasion mais aussi à renforcer les liens entre les gardiens et les gardés. W