« J'ai vu mes amis tués. On ne peut pas oublier »

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Malgré l'opposition du maire du 8

e

(lire notre édition d'hier),

malgré l'orage

et les travaux, la commémoration des bombardements alliés du 26 mai 1944 a eu lieu hier, square Picod (8e). Pendant quelques minutes, les engins de chantier se sont tus. Habitante de toujours du quartier des Etats-Unis, Yolande Merono était là, avec son époux. A l'époque, elle avait 15 ans. Elle s'appelait Bianchi, du nom de son père, italien, réquisitionné en Allemagne. Elle travaillait à l'Arsenal, à Gerland, où elle stérilisait, empaquetait du matériel allemand venu du front de l'Est, « des couvertures, des uniformes tâchés de sang ». Sirène, premières bombes. Elle a couru se réfugier dans le stade de Gerland. Sa mère et sa petite soeur, dans l'un des abris du boulevard des Etats-Unis. Le bombardement fini, Yolande est rentrée dans son quartier. « On m'a dit : "Il y a des morts !" J'ai vu mes amis tués. Il y avait deux copines inséparables, toutes deux mortes. Une famille de voisins décimée : grand-mère, mère, fils, petit-fils. On ne peut pas oublier. Ce sera toujours dans notre tête. » Elle l'avoue, elle a été alors en colère contre les futurs libérateurs. « Nous étions des enfants. Nous ne comprenions pas pourquoi des bombes étaient tombées sur des innocents. Après, on comprend. Aujourd'hui, il faut parler de notre histoire aux enfants. » W

Sandrine Boucher