Planchon quitte les planches

Elisa Frisullo

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Il ne verra pas la transformation du Théâtre national populaire

de Villeurbanne auquel il a consacré plus de quarante ans de sa vie. Mardi soir, à l'heure où le TNP présentait Les Fiancés de Loches hors les murs au Studio 24, le metteur en scène, cinéaste et comédien Roger Planchon, âgé de 77 ans, s'est éteint à Paris. Hier, les hommages se sont succédé à la mémoire de cette figure incontournable du théâtre contemporain. Né à Saint-Chamond (Loire), il est présenté dans la région lyonnaise comme l'enfant du pays. « Il a établi la légitimité théâtrale de Lyon », indique l'ex-adjoint à la Culture de Lyon Patrice Beghain, présentant l'aventure théâtrale de Planchon « comme la plus grande du XXe siècle ». Une aventure qui a débuté en 1952 rue des Marronniers (2e), où, alors âgé de 22 ans, il créé le théâtre de la Comédie. « Mais les élus de l'époque n'ont pas voulu lui donner les moyens de rester à Lyon », raconte l'ancien adjoint. Alors le dramaturge pose ses valises à Villeurbanne. Il y dirige le théâtre de la Cité, qui devient le TNP. « Il a donné de l'éclat à Villeurbanne, a eu des audaces artistiques et a fait de cet établissement l'un des meilleurs exemples de la décentralisation théâtrale », explique Jean-Paul Bret, maire PS de la commune. A l'aise sur les planches, Roger Planchon l'est également sur grand écran. Infatigable, il mène de front ses travaux d'écriture, son aventure sur les planches et au cinéma. Il joue dans huit films et devient réalisateur avec notamment en 1993 Louis l'enfant Roi, son meilleur film.

« Planchon voulait que notre région revienne au premier plan du septième art », explique le président du conseil régional Rhône-Alpes Jean-Jack Queyranne (PS). En 1990, il crée avec le soutien du président de la région, Charles Millon, le premier fond régional d'intervention dans la production cinématographique, Rhône-Alpes cinéma. Vingt ans plus tard, cette structure totalise plus de 160 films coproduits. Mais en 1998, l'aura qui entoure l'homme du TNP se ternit. La revente au prix fort des trois salles de cinéma CNP qui lui appartiennent à Lyon est vivement contestée. La même année, Planchon s'attire les foudres des acteurs culturels en soutenant Millon qui vient de se faire réélire à la tête de la région avec les voix du FN. Cet épisode précipite sans doute le départ de Planchon du TNP, dont il doit céder la direction en 2002 à Christian Schiaretti. Un passage difficile. « Il nous fallait organiser un héritage là où il n'y avait pas de filiation. Cela n'a pas été simple, mais nous l'avons fait », précise Christian Schiaretti, rendant hommage à la « pugnacité » de Planchon. W