Lyon : Tout comprendre au projet de réorganisation du Sytral qui crispe les syndicats

GREVE Les syndicats ont appelé ce jeudi à une journée de grève dans les transports en commun pour dénoncer le « projet d’allotissement » du Sytral

Caroline Girardon
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Nouvelle journée de grève jeudi sur le réseau des transports en commun de Lyon.
Nouvelle journée de grève jeudi sur le réseau des transports en commun de Lyon. — Romain Doucelin/Sipa
  • Jeudi, 350 salariés des TCL seront en grève pour dénoncer le projet de réorganisation du Sytral après 2025.
  • Le syndicat mixte des transports en commun lyonnais envisage de confier l’exploitation du réseau à un ou deux délégataires : les modes lourds (métro et tram) d’un côté, les bus et trolleys, de l’autre.
  • Keolis gère le réseau TCL depuis trente ans. Un peu trop, selon le président du Sytral qui tient à faire jouer la concurrence.

A quoi ressemblera la future organisation du réseau des transports en commun de Lyon à l’horizon 2025 ? Le projet, envisagé par le Sytral, soulève des craintes. A commencer par celles de syndicats. Alors qu’une nouvelle journée de grève est prévue jeudi, le scénario de « l’allotissement » sera soumis au vote des élus du Sytral.

Ce projet prévoit de déléguer l’exploitation du réseau, confiée actuellement à la société privée Keolis, sous forme de deux lots. L’un regroupera les « modes lourds » de transport, à savoir le métro, le funiculaire, le tramway (dont Rhônexpress) la gestion des infrastructures et la sécurité pour une durée de dix ans. L’autre englobera les bus et trolleys pour une durée de six ans.

30 ans de monopole pour Keolis

« Cela fait désormais 30 ans que Keolis a le monopole. Forcément, des habitudes se créent. Il y a un peu moins d’innovation et l’impression que l’on s’endort sur ses lauriers. Les relations deviennent difficiles », juge Bruno Bernard, le président du Sytral qui aimerait faire jouer « la concurrence » pour réveiller l’endormie. Ou trouver mieux. L’appel d’offres se fera au niveau européen. La gestion des deux lots par un même opérateur est possible. Visé par les critiques, Keolis pourra candidater à sa propre succession, à condition d’améliorer sa copie.

« L’objectif est de créer un réseau unifié, de renforcer le pilotage des autorités organisatrices de mobilité, et d’avoir une concurrence saine », précise Bruno Bernard. Mais les syndicats restent sceptiques. « Pourquoi casser ce qui fonctionne ? Les exemples d’allotissement dans d’autres métropoles européennes de tailles équivalentes au réseau lyonnais n’ont pas fait la démonstration d’une amélioration du service aux usagers, bien au contraire. Cela coûte plus cher aux collectivités et les prive du bénéfice d’économies d’échelle », répondent de concert la CGT et la CFDT pour lesquelles l'« efficacité » de Keolis n’est plus à démontrer.

Un socle social pour garantir les acquis et les droits des salariés

« Cette réorganisation ne changera rien pour les usagers, ni pour les salariés. La concurrence ne se jouera pas sur leur dos », promet Bruno Bernard, évoquant la mise en place d’un « socle social ». En d’autres termes, il s’agit de garantir aux salariés de conserver leurs rémunérations, droits et acquis sociaux. « Si le futur délégataire ne respecte pas ce socle minimal, le contrat sera rompu », prévient l’homme fort du Sytral.

Ces annonces semblent avoir apaisé une partie des salariés. 350 seront en grève ce jeudi, contre 1.100 le mois dernier. Mais elles ne rassurent pas pour autant les syndicats. « Rien juridiquement, ne pourra garantir le statut social actuel et encore moins permettre d’harmoniser le statut social des salariés des différents opérateurs en cas d’allotissement », répondent encore la CGT et la CFDT, appelant les élus du Sytral à voter contre cette délibération.