Les Minguettes changent de tram de vie

Carole Bianchi, photos : Laurent Cerino

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Sarah Belhadj, 20 ans, étudiante, a déjà calculé qu'elle pourra dormir « au moins dix minutes de plus » le matin. Pour elle, le lancement du tramway T4 « ce n'est que du positif ». En reliant le 8e arrondissement de Lyon à la clinique de Vénissieux (lire ci-dessous), l'étudiante estime que la nouvelle ligne va permettre aux 22 000 habitants des Minguettes de se sentir « enfin dans la ville, plus proche de Lyon ». L'inauguration aura lieu en fin de matinée, mais cette première journée de mise en service devrait être perturbée par le mouvement de grève qui affecte les TCL (lire p. 4).

« On n'aura plus le sentiment d'être enfermé », relève Sarah, qui vit chaque matin la même galère. « J'arrive à 7 h pour prendre le 36, le 48 ou le 12 jusqu'à la gare de Vénissieux. Mais ils sont tellement chargés qu'il faut en laisser passer quelques-uns. Au final, je mets presque une heure pour arriver à Garibaldi. » Assise au terminus des bus, au bout du boulevard Lénine, Laiadia Chouabbia, 52 ans, craint de devoir changer ses habitudes. Avec l'arrivée du T4, une quinzaine de lignes vont être modifiées. « Si le tramway ne passe pas à cause d'une grève, comment je vais aller faire mes courses ? Avec les bus, il y en avait toujours un qui finissait par passer. »

Au pied des barres, sur lesquelles ont été installés des panneaux solaires, Nazia Belgnessam, responsable d'une petite boulangerie, « espère » que la ligne lui apportera de nouveaux clients. « L'ouverture de la clinique a déjà eu un effet. Les gens qui viennent rendre visite aux malades passent prendre un gâteau », note-t-elle. Pour Karim, 17 ans, le « 48 ne donnait pas envie » d'aller aux Minguettes, quartier qui enregistre le plus faible revenu par habitant de l'agglomération, selon la ville. « Maintenant, c'est beau. On a pris soin de nous, alors nous aussi on va faire attention à l'entretien », s'exclame-t-il, enthousiaste. Reste à savoir si le désenclavement du quartier favorisera la mixité sociale. « C'était déjà un objectif dans les années 1980, analyse Christophe Vincendon, auteur de La porte des Minguettes. Cela reste possible avec l'arrivée de nouveaux habitants. » W