Lyon : Une bande jugée pour le braquage d’un fourgon en Suisse

EN BANDE ORGANISEE Ils ont été interpellés en flagrant délit avec des armes et un butin estimé à plus de 40 millions de francs suisses

20 Minutes avec AFP
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Au moins trois des six hommes sont connus des services de police pour des faits similaires.
Au moins trois des six hommes sont connus des services de police pour des faits similaires. — ALLILI MOURAD/SIPA

Lundi s’ouvre le procès aux assises de Lyon de six hommes, âgés de 33 à 51 ans, interpellés en 2017 près d’Annecy en flagrant délit de braquage d’un fourgon suisse. Le butin de 40 millions de francs suisses constituait un record, mais cette affaire éclaire aussi les spectaculaires attaques à répétition de convoyeurs de fonds perpétrées en territoire suisse et imputées au banditisme lyonnais. Au cours des six dernières années, au moins sept braquages ou tentatives de braquages ont été commis dans différents cantons.

Sur le banc des accusés, la plupart sont connus des services de police. Deux d’entre eux avaient ainsi été condamnés à Genève en 2013 à des peines de 5 à 7 ans d’emprisonnement pour « brigandage ». Un troisième a été condamné en France pour des faits similaires.

Des billets, quatre lingots d’or et des milliers de pierres précieuses

L’enquête sur la petite bande avait été minutieuse. Après plusieurs mois de surveillance, les enquêteurs avaient réussi à repérer des véhicules volés, à localiser des boxes dans la région d’Annecy et à identifier une villa pouvant servir de base de repli, à Chavanod, près d’Annecy. Des recoupements ont conduit à une intervention dans cette villa quelques heures après le signalement de l’attaque du fourgon de la société Loomis, dans le canton de Vaud.

Lors de l’arrestation, les policiers ont trouvé les suspects en possession du butin, constitué de billets en différentes devises, de quatre lingots d’or et de milliers de pierres précieuses, pour un total évalué à plus de 40 millions de francs suisses. Plusieurs armes ont aussi été retrouvées sur place, dont cinq fusils, ainsi que l’équipement utilisé pour l’attaque. Les empreintes ADN de plusieurs suspects ont été relevées sur plusieurs objets saisis.

Un mode opératoire millimétré

La plupart des mis en examen ont reconnu leur présence sur les lieux du braquage, tout en cherchant à minimiser leur participation. Selon l’ordonnance de renvoi des juges lyonnais de la juridiction inter-régionale spécialisée (JIRS), l’attaque résulte d’une « organisation structurée et hiérarchisée ». Ils sont jugés notamment pour « vol en bande organisée avec arme », « enlèvement et séquestration ».

Le commando de braqueurs a intercepté le fourgon suisse sur une bretelle de sortie d’autoroute, près d’Eysins, entre Lausanne et Genève, en utilisant trois véhicules dont certains équipés de gyrophares, et des fusils d’assaut. Ils ont menacé et ligoté les convoyeurs, en les emmenant dans le coffre d’un de leurs véhicules. Puis ils ont pris le volant du fourgon, jusqu’à un chemin rural près de Divonne-les-Bains (Ain), de l’autre côté de la frontière. Là, ils ont transféré le butin avant d’incendier le fourgon et une des voitures, pour brouiller leurs traces. Ils ont aussi aspergé les convoyeurs d’un produit javellisé, pour gommer toute empreinte ADN.

Série d’attaques en Suisse

Une attaque minutieusement préparée donc. Renseignements précis, préparatifs, interception de fourgon, armement lourd et incendie de véhicules, ce mode opératoire attribué aux gangs lyonnais s’est répété ces dernières années en Suisse. D’autres dossiers d’attaques ou de tentatives sont ainsi en cours d’instruction à Lyon. Notamment celui du braquage de Chavornay, le 8 février 2018, quand des malfaiteurs avaient enlevé la fille d’un convoyeur à Lyon, pour obliger son père à détourner son véhicule.

Mis en examen et écroué, un collègue du père est soupçonné d’avoir renseigné l’équipe, ce qu’il nie. La multiplication des attaques a questionné les mesures de sécurité des transports de fonds en Suisse, avec notamment une utilisation de véhicules de moins de 3,5 tonnes à cause d’une loi antibruit la nuit et des itinéraires peu diversifiés.