Halloween : Luigi Richetto, le dépeceur de veuves lyonnaises

MONSTRES DE NOS VILLES (7/10) À l’occasion d’Halloween, « 20 Minutes » vous fait découvrir des tueurs ou des tueuses en série, des brûleurs de pied ou des ogresses qui ont sévi dans nos régions avant le XXe siècle

Caroline Girardon
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Le procès de Luigi Richetto à Lyon en 1901.
Le procès de Luigi Richetto à Lyon en 1901. — Archives municipales de Lyon/3C/396/richetto.
  • 20 Minutes, on aime raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Pour Halloween, on vous raconte les « Monstres de nos villes »Tueur de bergères, étrangleuse d’enfants, dépeceur de veuves, etc., ils ont jeté l’effroi de Toulouse à Lille et partout en France.
  • A Lyon, Luigi Richetto est soupçonné d’avoir tué et démembré cinq personnes entre 1893 et 1899 même s’il ne sera jugé que pour les meurtres de deux veuves.
  • Si tout l’incriminait, le suspect auquel s’intéressait de près le criminologue Alexandre Lacassagne, n’a jamais avoué.

A 20 Minutes, on aime vous raconter des histoires qui font peur au coin du feu. Surtout à l’approche d’ Halloween. Suivez-nous sur les traces de Luigi Richetto, l’un des tueurs en série le plus sanguinaires de Lyon, même si à l’époque le terme n’existait pas. Et pour cela, replongeons-nous à la toute fin du XIXe siècle.

Lyon, le 31 décembre 1899. La petite servante arpente d’un pas pressé les rues du quartier de Saint-Just. Une odeur l’attire au moment de passer devant les grilles de la propriété Noack, au 116 rue de Francheville. Une odeur pénible qu’elle ne parvient toutefois pas à caractériser. En revanche, elle repère un sac flottant à la surface d’une boutasse, mare située dans le parc. Pour elle, pas de doute, les effluves nauséabonds proviennent de là.

La jeune femme s’empresse d’alerter les patrons qui, fouillant dans l’eau, découvrent un deuxième sac. Le boucher, sollicité pour ses compétences olfactives, est formel : l’odeur est celle de la viande de veau avariée. Sur place, les autorités, accompagnées du docteur Alexandre Lacassagne, vident la mare. La surprise est de taille : dix-sept petits colis soigneusement empaquetés avec « des morceaux de ficelle différents », gisent dans la boue.

L'affaire Richetto évoquée en 1899 par le Progrès Illustré.
L'affaire Richetto évoquée en 1899 par le Progrès Illustré. - BM Lyon/ La Justice Racontée

La tête d’une victime exposée à la morgue flottante

« On va découvrir un tronc, un bassin ainsi que deux têtes enveloppées dans des tissus et des pages de journaux », raconte Caroline Bertrand Thoulon, ancienne avocate et fondatrice de La Justice Racontée. Le criminologue Lacassagne procède ensuite de façon minutieuse à la reconstitution des corps et parvient à la conclusion suivante : « Ils ont été découpés de la même façon ». Reste à savoir qui sont les victimes si méticuleusement dépecées.

« On va alors exposer la tête la mieux conservée à la morgue flottante de Lyon. C’était un bateau amarré à proximité de l’Hôtel-Dieu qui contenait une salle d’exposition vitrée. Le public était invité à s’y rendre pour identifier les victimes », poursuit Caroline Bertrand. L’annonce attire les curieux, qui défilent en masse. Les voisins finissent par découvrir l’identité de la victime. Sa fille confirme. Il s’agit de la veuve Catinot, disparue quinze jours plus tôt.

Une découpe des corps « professionnelle »

« Les policiers vont chercher un boucher, un équarrisseur car le découpage des corps a été fait de manière professionnelle », souligne l’ancienne avocate. La fille de la veuve Catinot atteste connaître un seul homme vivant dans le quartier où sa mère a été retrouvée : Luigi Richetto. Mais il n’est pas boucher. Emigré italien, âgé de 46 ans, il travaille comme concierge chez les pères Camilliens, un ordre religieux au service de malades.

L’homme est lettré, intelligent, comme en attestent ses écrits rédigés plus tard en prison. Sa pensée est structurée, le vocabulaire poussé. « On est loin du rustre. C’est un homme soigné, grand… Mais dénué d’affect visiblement ». Un homme de confiance aussi, selon son entourage. « Les deux victimes venaient le consulter pour qu’il s’occupe de leurs biens et de leurs petits trésors, relate Caroline Bertrand. L’une d’elles le connaissait depuis plusieurs années. » Le concierge, arrivé à Lyon une quinzaine d’années auparavant, a pourtant déjà eu quelques démêlés avec la justice. Fils d’un voleur récidiviste, il a purgé cinq ans derrière les barreaux pour vol dans son pays natal.

Les gendarmes décident de perquisitionner sa loge, située précisément à « 200 pas » de l’endroit où les corps ont été jetés. Et là… Tout l’accable. « Ils vont retrouver des piles de journaux mais il manque un certain nombre de numéros ; les numéros ayant servi à envelopper les morceaux de corps. Il y a également un marteau, un couteau avec une très longue lame qui aurait pu servir à découper les victimes, des quantités de chaux ainsi que des objets personnels ayant appartenu aux deux veuves », énumère Caroline Bertrand. Sans oublier, les traces ou projections de sang relevées sur la porte du rez-de-chaussée. Et cette immense cagette, découverte au grenier, dans laquelle les corps putréfiés auraient été entreposés avant d’être jetés dans la mare de la propriété voisine.

Luigi Richetto nie en bloc. Les charges pèsent sur lui, les soupçons s’accumulent. On le relie à trois autres meurtres tout aussi sanguinaires. Celui de Mme Bernaz, retrouvée morte le 24 avril 1893, et chez laquelle le concierge effectuait régulièrement des petits travaux. Régis Planial, marchand de meubles, décapité et dépecé le 7 décembre 1894. Les différentes parties du corps seront repêchées dans le Rhône, une à une, au fil des mois. Une jeune femme, ensuite. Mais Richetto « ne sera finalement jamais inquiété pour ces crimes-là », faute de preuves tangibles.

La foule passionnée

Pendant ce temps, le « retentissement de l’affaire est énorme », la foule se passionne pour ce mystérieux tueur. Son procès, qui s’ouvre en mai 1901, tient toute la ville en haleine. A défaut de pouvoir prendre place dans la salle d’audience, les curieux s’entassent sur les marches du palais de justice des 24 colonnes tandis que Richetto est amené à s’expliquer sur les meurtres des veuves Delorme et Catinot. Mais là encore, l’accusé ne flanchera jamais. Pas même lors de la déposition accablante du Dr Lacassagne. Au contraire, il ne cesse de clamer son innocence.

« On ne saura finalement pas quelles ont été ses motivations puisqu’il n’a jamais avoué. On peut supposer qu’il y avait l’appât du gain. Il a effectué d’importantes dépenses après ces meurtres alors qu’il ne percevait pas de gros revenus, explique la fondatrice de La Justice Racontée. Mais on ne peut pas être sûr à 100 % que cela soit le seul et unique mobile. La façon dont il s’est débarrassé des cadavres prend une dimension pathologique. On ne saura jamais, non plus, comment il s’y est pris pour dépecer ses victimes à la manière d’un professionnel. »

Malgré la centaine de témoins à charge entendue durant le procès et « une enquête exemplaire », le doute subsiste. Le jury condamnera Luigi Richetto aux travaux forcés à perpétuité, lui permettant d’échapper à la guillotine. « La question de savoir si l’accusé avait des circonstances atténuantes a été cruciale durant le procès. Le jury a estimé qu’il en avait. On ne sait pas pour quelles raisons puisque les délibérations étaient secrètes », enchaîne Caroline Bertrand. Et de conclure : « Cette histoire, en tout point de vue, conservera sa part de mystère. C’est ce qui en fait aujourd’hui une grande affaire… »

Cet article a été rédigé en partenariat avec le site avec RetroNews, le site de presse de la BnF.