« L'agriculture doit être considérée comme une science et un art »

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Vous y animez deux débats importants au forum BioVision 2009 : « Nourrir les villes » et « les plantes du futur ». Quels en sont les enjeux ?

D'ici à 2020-2025, il faudra avoir doublé notre production agricole pour nourrir la population mondiale qui comptera 8 milliards d'êtres humains. Or l'agriculture actuelle, industrielle, ne peut y répondre sans aggraver les problèmes sociaux et environnementaux que l'on connaît. Et sans pour autant assurer l'accès à la nourriture et la sécurité alimentaire. La condition paysanne, à l'échelle planétaire, demeure un désastre. Est-il normal que les trois quarts des mal nourris de la planète soient des paysans ? Comprendre comment les plantes fonctionnent et réformer l'agriculture sont nos deux assurances-vie pour l'avenir.

La plante serait-elle l'avenir de l'homme ?

Je souhaite faire l'éloge du végétal. Nous avons là une ressource en apparence banale, corvéable à merci. Les plantes sont la matrice et le moteur du vivant terrestre. Elles ont structuré des écosystèmes extraordinairement sophistiqués et ont permis l'existence de civilisations humaines élaborées. Elles se contentent de peu pour fournir le maximum. Elles savent tout faire : elles fournissent l'énergie, la nourriture, le fourrage, les fibres, elles forment les sols... Le végétal est le prototype d'une économie et d'une société durable.

Les « plantes du futur » sont-elles solubles dans les OGM ?

Les organismes génétiquement modifiés ne sont qu'une approche parmi d'autres. Se contenter de fabriquer de nouvelles plantes sans prendre en compte l'ensemble des questions environnementales, sociales, culturelles, économiques, c'est-à-dire la base du développement durable, serait une fuite en avant, dans une logique de marchandisation du monde. Nous sommes déjà dans une époque de marchandisation excessive des ressources du vivant et du savoir.

Que faut-il faire ?

Je ne dis pas qu'il ne faut pas innover, mais il vaut mieux gérer les diversités biologiques existantes et innover avec discernement. Par exemple, il faut reformater génétiquement les variétés qui ont réussi durant les cinquante dernières années avec la modernisation de l'agriculture. Ces plantes consomment beaucoup d'eau, d'engrais, de pesticides. Leur temps est compté. Et ce n'est pas vraiment ce que l'on cherche pour une agriculture durable...

Où peut-on trouver alors les ressources viables pour l'avenir ?

Les plantes du futur existent déjà, elles sont parmi nous. Sauf qu'on n'en fait pas un bon usage. Quand l'homme primitif vivait grâce à 400 plantes, nous n'en utilisons aujourd'hui qu'une vingtaine (riz, blé, maïs, soja, pour les quatre principales). La question est : Comment réorganiser l'agriculture dans le monde, avec la diversité de variétés dont on dispose, adaptées localement, dans une logique d'équilibre et de complémentarité ? En commençant par améliorer une fois pour toutes la condition paysanne. L'agriculture doit être considérée comme une science et un art, différente des autres activités économiques. Il devrait exister une exception agricole comme il y a une exception culturelle. ■ Recueilli par Sandrine Boucher

« Nourrir les villes », lundi de 14 h à 16 h. « Les plantes du futur », mardi de 9 h à 10 h 30, à la Cité internationale de Lyon. Plus de renseignements sur www.biovision.org.