Une architecture pénitenciaire à la peine

Elisa Frisullo

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Les prisons de Perrache sont-elles condamnées à être démolies avant même d'être libérées, fin avril, de leurs détenus ? C'est ce que craignent les défenseurs du patrimoine, récemment informés du dépôt, le 4 février par le ministère de la Justice, d'une demande de permis de démolir des maisons d'arrêts Saint-Joseph et Saint-Paul.

Si cette requête vient directement menacer la sauvegarde de ces bâtiments, elle pourrait aussi accélérer la reconversion de ces terrains, peu prisés par les acheteurs en raison du prix de vente élevé (26 millions d'euros) fixé par l'Etat, propriétaire des lieux. « Cette demande a sans doute été déposée à titre conservatoire afin de rassurer d'éventuels acquéreurs, qui seront libres, ensuite, de conserver ou non certaines parties des bâtiments », indique l'adjoint à l'Urbanisme de la ville de Lyon, Gilles Buna (Verts), qui doit rendre prochainement un avis sur la demande de l'Etat. « Mais cet avis n'est que consultatif. En revanche, la ville peut agir, et c'est ce que nous faisons, pour trouver et accompagner d'éventuels repreneurs, et ainsi parvenir à la reconversion la plus favorable avec le maintien de certains éléments architecturaux et des bâtiments neufs », ajoute l'élu, relativement serein sur ce dossier. Une sérénité qui constraste avec l'inquiétude affichée par les défenseurs du patrimoine. « Il serait utopique de croire que ces prisons du XIXe siècle peuvent être conservées intégralement. Mais certains éléments, dont les chapelles et les cours intérieures, sont d'une grande qualité », explique Véronique Belle, une chercheuse au service de l'inventaire du patrimoine culturel rhônalpin. « En France, il n'y a pas d'autres exemples de prisons de ce style construites l'une à côté de l'autre », ajoute le président du patrimoine rhônalpin, Eddie Di Pierno, aussi membre de la commission régionale du patrimoine et des sites. Cette instance vient de déposer une motion auprès du ministère de la Justice, lui demandant « de surseoir au permis déposé ». ■