Zones d'ombres sur la course-poursuite

Frédéric Crouzet

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C'était il y a exactement deux ans. Le 13 février 2007, peu avant 3 h du matin, une Ford Fiesta break volée poursuivie par un équipage de police, percutait de plein fouet un mur dans un virage d'une route de Saint-Fons. A son bord, quatre jeunes du quartier Paul-Santy (Lyon 8e). Le conducteur présumé, Raouf Taïtaï, 15 ans, est tué sur le coup. Tina, 17 ans succombe quelques jours plus tard à ses blessures. Une autre adolescente est aujourd'hui toujours dans le coma. Mehdi, 16 ans, sort indemne de l'accident. Il raconte dès le lendemain que, ce soir-là, ils ont squatté cette voiture abandonnée à Bron pour boire de la vodka, fumer du shit, avant de l'utiliser pour rentrer chez eux.

Roulant à vive allure, ils ont alors été repérés et pris en chasse par un équipage de la Brigade anticriminalité. Les policiers ont toujours affirmé avoir suivi la voiture avec une distance de sécurité. Une version confirmée par le jeune survivant. L'affaire est d'abord classée sans suite. Mais les familles des victimes, qui pensent que les policiers ont poussé leurs enfants à la faute, portent plainte contre X. Deux ans après le drame, l'instruction, ouverte fin 2007, est sur le point de s'achever. Et elle pourrait déboucher sur un non-lieu. « Elle confirme pour l'instant l'enquête initiale. A savoir que la voiture de police n'a pas percuté la Fiesta et qu'elle les suivait à au moins 100 m. Selon les experts, si les policiers les avaient serrés de près, ils auraient eu eux aussi un accident », indique le procureur de la République Xavier Richaud.

« Il reste cependant des zones d'ombres, comme la place exacte des quatre occupants de la voiture », estime Sylvain Cormier, avocat du père de Raouf, qui vient de demander à la juge d'instruction des agrandissements des bandes de vidéo surveillance. Des expertises ont également contredit le témoignage de Mehdi. Des examens toxicologiques ont ainsi révélé que les adolescents n'avaient quasiment pas bu (0,15 g d'alcool pour Raouf) et qu'ils n'avaient pas fumé. Face à ces contradictions, Abdelhamid Taïtaï, le père de Raouf, demeure persuadé que son fils n'était pas derrière le volant et qu'on lui cache la vérité. « Il avait 15 ans et ne savait pas conduire. Son corps était intact alors que le choc a été très violent », dit-il. ■