l'ombre d'un doute

Sandrine Boucher

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Le mystère de la villa ocre : on pourrait peut-être appeler ainsi l'étrange meurtre que la cour d'assises du Rhône examine à partir d'aujourd'hui et pendant deux semaines. Une affaire déjà jugée deux fois, sans chasser le sentiment que la vérité se fait encore attendre. Qui a tué Richard Alessandri, prospère commerçant du Vaucluse, dans son mas cossu de Pernes-lès-Fontaines ? Dans la nuit du 16 au 17 juillet 2000, son épouse appelle les secours : son mari vient d'être abattu dans leur lit, à côté d'elle. Elle dit avoir entrevu un des agresseurs qui a lancé : « Merde, le coup est parti. » Les enfants, âgés alors de 17 et 12 ans, n'ont rien vu, rien entendu. Edwige et Richard sont ambitieux, bosseurs, de fortes personnalités. Ils gèrent l'Intermarché de la ville et mènent grand train. Leur patrimoine est estimé à près de 4 millions d'euros.

Rapidement, Edwige Alessandri s'emmêle dans ses contradictions. La piste du cambriolage qui aurait mal tourné s'effrite aux yeux des enquêteurs, convaincus que la scène du crime a été fabriquée. Reste le huis-clos familial. Placé en garde à vue, l'aîné « soulage sa conscience » : sa mère a tiré par accident au terme d'une dispute, puis a convaincu ses enfants de mettre en scène un crime de rôdeur. Une semaine plus tard, il se rétracte. Espérant démasquer le(s) meurtrier(s), la famille de l'accusée s'adjoint les services privés de Jean-François Abgrall, l'ex-gendarme des affaires Heaulmes et Louis. En vain. Crime crapuleux, vénal, passionnel ? Quelle que soit la thèse, aucune preuve n'existe pour la conforter. Edwige Alessandri, elle, a toujours crié son innocence. ■