Lyon : Pourquoi la colère gronde-t-elle autour du pont de Vernaison entre les élus locaux et la métropole ?

DEPLACEMENTS Les élus locaux du sud de Lyon se mobilisent pour obtenir la création d’un nouveau pont à Vernaison pour remplacer l’ouvrage actuel, le plus vétuste et surveillé de l’agglomération, après la décision de la métropole de ne pas s’engager sur ce dossier

Elisa Frisullo
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Le pont de Vernaison vers Lyon est le seul ouvrage de la métropole à être surveillé en permanence en raison de sa vétusté.
Le pont de Vernaison vers Lyon est le seul ouvrage de la métropole à être surveillé en permanence en raison de sa vétusté. — E. Frisullo / 20 Minutes
  • Dans le sud de Lyon, des élus locaux se mobilisent en faveur de la construction d’un pont pour remplacer l’ouvrage de Vernaison, le seul de l’agglomération surveillé en permanence en raison de sa vétusté.
  • Ils ont adressé une lettre ouverte à Bruno Bernard, président EELV de la métropole de Lyon, qui n’a pas retenu ce chantier dans les investissements prévus sur le mandat.

Des câbles usés, des ancrages fragilisés. « Tout ce qui fait la colonne vertébrale du pont est fragilisé », estime Guy Barral. Mardi, à l’instar du maire de Solaize, une quinzaine d’élus locaux du sud de Lyon se sont réunis à Vernaison pour alerter sur l’état alarmant du pont de la commune, vieux de 60 ans. Ces maires et conseillers métropolitains ont adressé une lettre ouverte en ce sens au président écologiste de la métropole Bruno Bernard, qui a exclu un tel chantier de son programme pluriannuel d’investissement présenté la semaine passée.

Un projet colossal pourtant envisagé par l’ancien exécutif de la métropole. « Dès 2017, on a été alerté du fait que le pont se dégradait très très vite. Un comité de pilotage a été mis en place afin de travailler à son remplacement à très brève échéance », souligne Jean-Luc Da Passano, conseiller métropolitain.

Un pont sous surveillance permanente

L’élu sait de quoi il parle, lui qui a eu à gérer ces dernières années la mise en sécurité du site alors qu’il était vice-président de la métropole en charge des grands ouvrages, lors de la précédente mandature. L’exécutif d’alors avait voté plus de 10 millions d’euros pour réaliser des travaux conservatoires sur le pont et placer des capteurs. « C’est le seul ouvrage à être surveillé en permanence », rappelle le conseiller métropolitain.

En 2020, face à la vétusté du pont, des capteurs acoustiques ont en effet été installés sur les câbles de l’ouvrage afin de pouvoir suivre en temps réel son état. Et depuis l’hiver dernier, les poids lourds ont l’interdiction de l’emprunter. Ces mesures provisoires étaient censées préserver le pont jusqu’à la construction d’un autre ouvrage, estimé à 50 millions d’euros par l’ancien exécutif et pour lequel des études préparatoires ont été menées. Imaginé 200 mètres plus au sud, toujours à Vernaison, il devait enjamber la voie ferrée et accueillir une voie réservée aux véhicules, aux bus, et un espace dédié aux piétons et aux modes doux.

D’autres pistes qui ne font pas l’unanimité

Pour limiter encore l’utilisation de l’ouvrage, la métropole a informé récemment les élus locaux du passage à sens unique du pont. Une suggestion qui fait bondir dans l’ouest et l’est lyonnais, où l’ouvrage est considéré comme une véritable porte d’entrée sur le territoire Lônes et coteaux du Rhône et permet de relier les deux rives du fleuve. Le sud-ouest et le sud-est de Lyon, Vernaison à Solaize. « Quand on connaît les flux, avec plus de 12.000 véhicules par jour qui empruntent l’ouvrage, il y a une grosse inquiétude pour les 50.000 habitants de notre bassin de vie », souligne Julien Vuillemard, qui a créé cette semaine avec 18 autres élus du secteur un collectif citoyen baptisé « Le Rhône d’une rive à l’autre » et a lancé une pétition en ligne.

Au-delà de la dangerosité du pont, utilisé chaque jour par de nombreux habitants travaillant dans la vallée de la chimie et à Lyon, les élus s’alarment des conditions de déplacement dans ce bassin de vie, déjà complexes. L’ouvrage est aujourd’hui quotidiennement embouteillé aux heures de pointe, par les trajets pendulaires, tout comme le centre de Vernaison et les routes départementales situées des deux côtés du Rhône, asphyxiées par ricochet. La présence d’un passage à niveau juste après le pont ne fait qu’aggraver les bouchons, lorsque les barrières de sécurité s’abaissent pour laisser passer les trains.

Un enjeu pour le développement des mobilités

« Quant aux camions, ils se retrouvent obligés de faire 15 km de plus pour contourner le pont, ce qui n’est pas très écologique », tance Jean-Luc Da Passano. En cas de passage à sens unique du pont, d’ouest en est selon le scénario envisagé par la métropole, les seules alternatives pour les automobilistes seraient les ponts de Pierre-Bénite ou de Givors, situés à cinq kilomètres de Vernaison. « Cela engorgerait les voies secondaires du sud-ouest lyonnais et reviendrait à prendre en otage la population », s’agace le maire (divers droite) de Grigny Xavier Odo.

Pour tenter d’étouffer la polémique dans l’œuf, la métropole a rappelé la semaine dernière que la construction d’un pont était prévue par l’Etat plus au sud, non loin de Givors. « C’est un projet dont on entend parler depuis au moins trois ans dans le cadre des alternatives à l’A45 entre Lyon et Saint-Etienne. Mais rien n’est acté. Pour construire un pont, il faut six à sept ans », ajoute le maire, convaincu que ce projet n’a rien de la solution miracle. « Ce n’est pas une réponse adaptée qui satisfait les élus de notre territoire », ajoute Guy Barral, pour lequel il devient urgent d’engager les études pour un nouvel ouvrage. « Restaurer le pont actuel ne le rendra pas pérenne. On ne fait que reculer l’échéance. Et l’argent dépensé ne règle pas le problème de modes doux, des piétons et des TCL sur notre bassin. »

Les crispations autour de ce pont sont d’autant plus grandes que la construction d’un nouvel ouvrage permettrait, selon les acteurs locaux, de répondre aux enjeux de mobilité sur ce secteur. Tous soulignent la nécessité d’améliorer l’offre de déplacement pour les piétons, les modes doux et les transports en commun, inexistants aujourd’hui entre les deux rives.

La réponse à leurs attentes risque de se faire attendre. Contactée par 20 Minutes, la métropole a indiqué qu’elle n’avait pas de nouveaux éléments à communiquer sur ce dossier. Interrogé par le Progrès, le vice-président écologiste aux grandes infrastructures Jean-Charles Kholhaas, ne laisse guère espérer un changement de position de la collectivité. « Je ne prendrai pas de décision tant que je n’aurai pas celle de l’Etat sur ce dossier-là. Avoir deux ponts à quelques centaines de mètres serait une gabegie d’argent public », a-t-il estimé.